
Cécile Corbel
Carnet de bord
15 octobre 2009
2010...Carnet de voyage d'une bretonne au Japon (Extraits)
2 septembre 2009 – Aéroport de Narita – banlieue de Tokyo
Notre avion se pose. Premier voyage au Japon et premières impressions en cascade...ville tentaculaire et immeubles à perte de vue, échangeurs , densité humaine, mais aussi fluidité des déplacements...des milliers de petites lumières sur la baie de Tokyo - la ville s'est faite scintillante pour nous acueillir...
Depuis plusieurs mois déja, je travaille sur la musique du prochain film des studios d'animation japonais Ghibli avec mon complice Simon Caby.
Un grand bonheur et un grand challenge aussi de composer pour ces studios que j'admire tant !
Je meurs d'impatience de rencontrer les equipes et de découvrir les célèbres studios qui ont produit "mon voisin totoro", "le tombeau des lucioles" ou encore "Ponyo sur la falaise".
(...)
3 septembre 2009
La langue japonaise est décidemment bien éloignée de moi...les alphabets et caractères chinois mélangés me donnent beaucoup de fil à retordre.
J'essaye peniblement d'apprendre quelques rudiments pour honorer tous les gens qui nous invitent ici.
Je trouve que la logique de la langue japonaise est très différente de la notre et des langues "occidentales".
Peut-etre la façon de construire sa langue donne t-il aussi une façon de penser différente? Cela participe au "choc des cultures."
(...)
7 septembre 2009
La cuisine japonaise est parfois un vrai challenge pour les papilles occidentales.
Après avoir partagé il y a quelques jours un dîner traditionnel fabuleux (pas moins de13 plats!), nous sommes maintenant invités pour clore nos dures journées de travail à un autre banquet traditionnel autour du thème du Tofu (lait de soja caillé) :
Tofu séché, fumé, en feuilles, en blocs, en soupe, en beignet , ou "poilu" !
Il faut parfois avoir l'estomac bien accroché...
(...)
1er Avril 2010.
Vol de nuit pour ce nouveau voyage au Japon – 11h d'avion au dessus des nuages.
J'ai sommeillé en survolant l'Europe, la Russie et la Chine...
Je ne suis jamais plus heureuse que lorsque je suis en mouvement ou en transit vers un ailleurs.
Plus que la destination finale, c'est le chemin en lui même qui me plait et me fascine.
Est ce que ce goût immodéré pour les voyages me vient de possibles et lointaines orgines celtes?
Je suis toujours surprise lorsque je voyage à l'étranger de voir le nombre de bretons qui croisent mon chemin.
A croire que les bretons ont vraiment essaimé dans les moindres recoins du monde habité ! – un vrai peuple voyageur diséminé sur le globe et souvent très fier de ses racines
– Souvent aussi j'ai ressenti chez ces bretons "nomades" la nostalgie du pays natal et l'envie de faire partager leur amour de leur region d'origine.
Cela ne fait pas exception à Tokyo, où l'association "Bretons du Japon" se démène pour faire connaitre la Bretagne et sa culture aux japonais.
L'assocation est très dynamique et j'aurai le grand plaisir de particpier aux festivités de la St Yves le 14 mai prochain à Tokyo : conférence de presse, concert, exposants.
Je suis ravie de pouvoir participer modestement à ce rayonnement de la Bretagne à l'étranger.
2 avril 2010
Décalage horaire aidant, le réveil sera matinal et nous décidons de laisser nos pas nous porter jusqu'au Inokashira park (Kichijoji – banlieue bohème de Tokyo) pour admirer les célèbres "Sakura"– ou cerisiers en fleurs.
C'est la saison parfaite : tout le Japon se donne rendez vous pour célébrer leur beauté à cette époque de l'année.
Les vieux s'installent confortablement sur des bancs, les jeunes étendent des baches sous les cerisiers et tout le monde festoit, boit, et se réjouit entre amis ou en famille.
Je ne crois pas qu'il y ait d'équivalent de cette fete du printemps chez nous.
Il faut dire que le spectacle de tous ces cerisiers en fleurs est particulièrement magnifique.
..Ces "clichés" du Japon sont bien réels et très apaisants.
Dans ce parc de Inokashira, tout est réuni pour le plaisir des yeux et la contemplation: Lac habité par des carpes centenaires, temple et bouddhas paisibles.
6 avril 2010
Jour de promotion autour de la sortie japonaise de l'album "Karigurashi", le disque qui contient la plupart des chansons composées pour le film des studios Ghibli.
Rendez-vous dans un très beau parc au coeur de Tokyo.
Les interviews et séances photos se succèdent à un rythme effrené – c'est éreintant.
C'est pendant ce genre de journée que je suis le plus impressionnée par l'organisation japonaise.
Je souris en pensant au flou artistique voire à la cacophonie qu'une journée aussi chargée que celle ci aurait pu donner en France ! Sans vouloir caricaturer mon pays, je dois dire que nous sommes moins disciplinés et surtout moins ponctuels que nos amis japonais...
8 avril 2010
Deux jours de libres et c'est enfin l'occasion enfin de sortir de Tokyo.
Je suis très attirée par la campagne.
Nous prenons le Shinkansen (equivalent notre TGV national) en direction de Nagano, puis un train express nous emmène vers la ville de Yudanaka, dans les montagnes.
Ici nous allons vivre à la japonaise, dans un "ryokan" ou auberge traditionnelle: on se déchausse avant de rentrer dans les pièces, les sols sont en tatami (tapis de paille de riz tressée), on dort sur des matelas fins posés à meme le sol, on dine autour d'une table basse sur laquelle sont présentés un assortiment de plats délicieux et savamment composés.
La region de Yudanaka est aussi célèbre pour ses bains thermaux naturels ou "Onsens"...Autant dire que nous ne nous en priverons pas.
D'ailleurs, nous ne sommes pas les seuls, puisque, à quelques kilomètres de là , plus haut dans les montagnes, à Jigokudani , une colonie de singes profite aussi de ces sources chaudes naturelles et fait le bonheur des touristes du monde entier venus les photographier.
Le mélange entre tradition et modernité est facsinant ici : Les technologies les plus high tech' cotoient un passé qui semble immémoriel : notre train ultra rapide à traversé des champs dans lesquels de petites silhouettes courbées retournaient la terre avec des houes ; à Tokyo un temple bouddiste peut cotoyer un building ultra moderne de façon très harmonieuse.
L'autre jour j'ai aussi eu le plaisir de commander un plat de nouilles traditionnelles ("ramen") à un distributeur automatique assez déconcertant...
Il y a peut peut etre une leçon pour nous dans tout cela : trouver comment concilier harmonieusement des traditions, une culture locale, ou un mode de vie ancestral, tout en vivant dans un monde moderne où tout bouge et évolue très vite...
Je trouve que les japonais se sortent assez bien de ce numero d'équilibrisme.
9 avril 2010
Déjà le dernier jour de ce nouveau voyage..
J'attend avec impatience le prochain départ, au moment de la St Yves à la mi-mai.
Je réussirai peut etre enfin à m'habituer aux copieux petits déjeuners traditionnels japonais : legumes marinés au vinaigre, poissons fumés, et soupe aux champignons ont pour l'instant encore un peu de mal à passer de bon matin.
A moins que je n'emmene plutôt avec moi quelques crêpes et brioches bretonnes dans les bagages...
Mai 2010
a nouveau nous partons pour Tokyo pour 15 jours, cette fois pour finaliser le mixage de la musique du film. Les enregistrements sont enfin terminés !
Le directeur musical, Kasamatsu-san, a fait un travail incroyable avec les effets sonores et l'integration des musiques à l'image.
Au même moment les équipes du film enregistrent les dialogues avec les acteurs.
Nous avons emmenés les musiciens dans nos bagages pour donner un concert avec eux à l'institut franco japonais à l'occasion de la St Yves, fête des bretons du monde entier. Cet évènement mémorable était organisé à Tokyo par l'association des bretons du Japon.
Avant le concert on m'a conviée à une conference de presse : je dois présenter la Bretagne aux journalistes japonais venus nombreux.
Comment bien parler de ma région en quelques minutes et en quelques lignes?
Je choisi de raconter tout simplement mon enfance et ma découverte de la richesse de ma région quand j'étais adolescente.
A cet âge là cela m'avait fait comme un choc de découvrir la force du patrimoine culturel et artistique de ma région; je voulais tout connaître, la musique, les monuments, les paysages, la "grande" histoire de ma région, mais aussi l'histoire des "petites gens", les contes , les légendes, les croyances.
C'est vers 15 ans je crois que j'ai pris conscience qu'il existait cette richesse culturelle à portée de ma main.
21 juin 2010
Nouveau départ pour le Japon.
Cette fois nous partons pour 7 semaines loin de chez nous.
Je laisse mon chat en "vacances" chez sa grand mère, je ferme la maison à double tour (d'habitude elle est tout le temps ouverte !) et nous partons pour l'aéroport avec des valises bien remplies...
C'est une sensation étrange de laisser sa vie et ceux qu'on aime pour aussi longtemps.
J'appréhende un peu ce départ, mais la perspective de passer 50 jours au Japon, de découvrir une douzaine de villes et de vivre la campagne de promotion du film, est aussi très excitante et aiguise ma curiosité.
Pendant les trois premières semaines de notre nouveau séjour au Japon, je vais découvrir pour la première fois de ma vie ce que signifie "la saison des pluies".
Chaleur – humidité extrème – J'ai compris, après avoir une ou deux fois oublié mon parapluie, ce que signifiait l'expression "être trempée jusqu'aux os".
Cela n'empeche pas les Tokyoites de vacquer à leurs occupations., mais pour moi c'est un bon enseignement de réaliser que dans certaines régions du monde il faut vivre au rythme des saisons.
Je ne crois pas que nous connaissons cela en France, sauf peut être dans les régions de montagne lorsqu'il neige beaucoup....
Le premier moment fort de ce séjour a été la première projection du film dans un cinema avec toutes les equipes, le staff de Ghibli, le réalisateur Yonebayashi-san, Miyazaki-san, Kasamatsu-san, Suzuki-san, tout le monde était là !
Dans la salle il y avait un étrange climat, un peu d'angoisse, de la joie, de l'attente.
J'avais l'impression que le réalisateur retenait son souffle.
Pour moi cela a été une grande émotion de voir le film enfin terminé. C'était comme si tous ces mois de travail devenaient réels...Les personnages vivaient et parlaient enfin, la musique baignait les scènes.
Lorsque le film s'est terminé, après le défilement de tous les noms des crédits, il y a eu plusieurs secondes de silence, une sorte de moment suspendu. : tout le monde attendait la réaction de Miyasaki-san, qui s'est levé et a félicité Yonebayashi-san pour son travail.
Tout le monde s'est détendu , a applaudi et a ri...On pouvait sentir du soulagement et de la joie sur les visages.
Quelques jours plus tard nous avons officiellement célébré le film terminé avec tout le monde dans un grand hôtel de Kichijoji.
Le 1er juillet marque le début de la campagne de promotion du film.
Avec le réalisateur, j'ai parcouru 13 villes dans tout le Japon pour rencontrer les médias locaux, radios, tv et magazines, et jouer la chanson "Arrietty's song" pour les avant -premières locales.
13 villes – des avions – des trains – des bus - de grands hôtels et je crois plus de 150 interviews au total !
Ma traductrice Emi a été si précieuse pendant ces journées que je ne pourrais jamais la remercier assez : elle traduisait tout pour moi mais elle m'a aussi souvent guidée pour me repérer dans cette culture japonaise si différente de la mienne.
Grâce à elle je pense que j'ai évité beaucoup d'erreurs et de qui-proquo !
Les journées d'interview, parfois "marathon" se terminaient généralement par de grands banquets avec toutes les équipes ; c'étaient des moments de convivialité uniques, et pour moi l'occasion de profiter de la gastronomie japonaise !
Les repas resteront surement un moment fort de mon séjour.
La cuisine japonaise était beaucoup plus variée que je ne me l'imaginais : poissons crus bien sûrs, mais aussi poissons et viandes grillées, et toutes sortes de ragoûts vraiment interessants !
Seuls m'ont manqués le pain et les desserts français, et aussi un peu le fromage, mais heureusement les restaurants français et Italiens foisonnent dans tout le Japon et nous avons pu déguster des menus occidentaux magnifiques le long du séjour.
En vrac quelques banquets mémorables : banquet de Tofu à Kyoto, banquet sur le thème du poulet à Nagoya, Sashimis et crabes merveilleux à Sapporo...
De ces journées d'interviews et de promotion je retiens surtout le contraste saisissant entre ma vie de troubadour, telle que je la mène en France, et la logistique de cette tournée.
Au Japon, toujours de grands hôtels, et toujours une foule de gens pour m'aider, porter le matériel, organiser, m'épauler, gérer le planning et les horaires, me guider, me maquiller, me coiffer, Les fans, les photos, les interviews...
En France ou lorsque je pars en tournée habituellement à l'étranger, il y a un côté nomade et improvisé qui n'existait pas du tout au Japon. Habituellement lors de mes tournées je dois bien souvent porter ma harpe moi même et me débrouiller "seule" contre vents et marées !
Ce contraste a été un peu générateur d'angoisse pour moi, en tout cas au début.
On m'a souvent parlé de l'histoire de Cendrillon depuis le début de cette aventure, car c'est vrai qu'il y a une part de conte de fée dans tout ce qui m'est arrivé :être choisie pour composer la musique du nouveau film du studio Ghibli a des allures de rêve éveillé.
Alors j'ai réussi a surmonter cette angoisse en pensant à Cendrillon, dont le carosse redevient citrouille à minuit et je me suis dit que cette aventure japonaise était comme une parenthèse magique à vivre pleinement !
C'est difficile pour moi de piocher dans mes souvenirs pour choisir les meilleurs moments ou les moments forts de ces longues semaines passées au Japon...
c'est encore si frais dans mon esprit et nous avons vécu tellement de choses ensemble !
Mais voici tout de même quelques moments que je retiens particulièrement.
1er juillet
cérémonie de benediction du film par les moines au Temple Zojoji.
A l'issue de la cérémonie je dois jouer un extrait d'Arrietty's song pour Bouddha.
Au début cette idée m'a amusée, mais dès que la cérémonie a commencé j'ai été emportée par la force de cette cérémonie : la musique était omniprésente ; tambours, flute, orgues à bouche. Le moines jouaient une musique très codifiée mais puissante et mystique, comme sortie du fond des ages.
J'avais le coeur qui battait tellement fort et chaque coup de tambour m'emportait plus loin.
J'ai rarement été aussi impressionnée et envoutée par un moment.
C'est incroyable de voir comme les sons et la musique peuvent parfois prendre possession de vous.
Afin de pouvoir retrouver mes esprits, j'ai du sortir "crier" un peu dans le couloir sur le côté du temple, avant de pouvoir jouer ma chanson devant l'autel.
J'espère que Bouddha l'a aimée...
3 Juillet 2010
Nous avons deux jours de "vacances" et l'équipe nous offre un séjour dans un ryokan extraordinnaire à Kyoto.
On y accède en bateau. Les chambres et le paysage sont idylliques, la pluie renforce la poésie des lieux.
De quoi oublier tous nos repères et notre fatigue.
Je rêve d'un séjour plus long dans cet endroit.
Nous visitons Kyoto le lendemain. Comment ne pas etre touché par cet endroit et ces maginfiques temples?
Cependant la ville est envahie de touristes et des magasins de souvenirs et cela brise un peu la magie.
Niigata – j'ai oublié la date !
Pour changer des journées d'interview dans les grands hotels l'équipe de promotion du film nous emmene donner les interviews à la campagne, dans une sorte de ferme-auberge où l'on produit et déguste du vin.
L'endroit est paisible, en pleine nature, entouré de jardins.
On y recueille les animaux blessés et maltraités.
Quel contraste pour moi avec l'agitation des villes ! Ce fut un moment béni, une sorte de respiration dans notre séjour.
4 aout 2010
Concert à l'Opera City Hall de Tokyo
C'est un moment fort pour moi aussi dans ce séjour car jouer dans cette salle a été un grand bonheur.
La salle était magnifique, toute en bois, avec une architecture impressionnante et une acoustique parfaite, et le public japonais a été très accueillant.
En tant que musicienne, je suis comblée d'avoir eu la chance de jouer dans un tel lieu.
6 aout 2010
Dans un genre completement différent : nous avons joué au festival "Rock in Japan".
Qui aurait cru que je participerai un jour à un festival de rock !!! J'ai adoré le public et l'organisation de ce festival.
Il y avait tant de respect entre les gens.
Cela m'a touchée.
Jamais je n'ai vu cela dans aucun festival européen.
Je ne suis pas prete d'oublier Suzuki-san qui pour l'occasion s'est saisi d'un micro et a joué les "chauffeurs de salle" pour nous présenter sur scène !
Je n'oublierai pas non plus la chaleur etouffante qui régnait ce jour là : les instruments étaient littéralement brûlants et j'ai bien cru que j'allais fondre et mourir là sur scène!
Heureusement tout s'est bien passé et je suis contente d'avoir réussi ce "pari."
Tokyo
jours "off"
Par intermittence lors de ces journées de promotion , nous revenions à Tokyo pour un ou deux jours de pause.
Nous logions dans le quartier de Shibuya et comme j'aime marcher nous avons occupé nos après midi de temps libre par de longues marches dans Tokyo. C'est pour moi la meilleure façon de découvrir une ville ou un pays : se balader au hasard des rues et des quartiers, sans chercher à voir les monuments célèbres ou historiques.
Choisir de petits restaurants au hasard, s'enfoncer dans des ruelles, entrevoir la vie quotidienne des habitants.
Tous ces moments et toutes ces images resteront gravés dans ma mémoire pour longtemps....
15 octobre 2009
Octobre 2009 - Escapade Americaine...
Du 1er au 8 Octobre 2009.
Une échappée belle de quelques jours aux Etats Unis pour trois concerts et un workshop :
Côte est, côte ouest, beaucoup d'avions, beaucoup d'hotels, de paysages, la Maison Blanche, le désert du Nevada, l'Océan Pacifique...
Concert à Grace Church, Georgetown - quartier chic et bohème de Washington.
L'une des plus anciennes églises de la ville, et aussi peut être l'une des plus jolies...
Las Vegas - concert à la Clark Count Library.
Contraste saisissant entre les hotels gigantesques qui surgissent de terre sur le strip et les montagnes du désert tout proche...
Les montages du Nevada - terre rouge, cactus, genevriers, petroglyphes, petites routes qui serpentent entre les canyons...
Assez tentant pour tous les amoureux de moto.
Au centre, le démesuré hotel Bellaggio et ses fontaines.
Concert au Freight and Salvage.
Une mythique salle folk qui vient d'inaugurer ses nouveaux locaux au coeur de Berkeley.
L'association des bretons de Californie organisait ce concert.
Du côté de Fisherman's wharf, le port ancien de San Francisco, on pourrait presque se croire en Bretagne.
10 juin 2009
L'été en bretagne...
Voici le détail de nos concerts de l’été 2009 en Bretagne…
20 juillet à 20h30
Chapelle St Conogan – Beuzec Cap Sizun. – entrée libre
Au bout d’une route de campagne, au milieu des fermes et des prés, cette précieuse petite chapelle accueillera le premier de nos concerts bretons de l’été pour une soirée aux allures de bout du monde.
Il y aura peut être quelques korrigans.
Ne vous perdez pas en chemin ! un plan ICI :
plan d'accès
Le 21 juillet à 21h
Salle Ty Lokorn – Locronan
Locronan sous les étoiles.
Une nouvelle fois, nous avons la chance de venir jouer dans le beau village de Locronan.
Si vous le pouvez, dans la journée, ne manquez pas de perdre quelques heures à flâner dans les vieilles rues pavées et les échoppes de la cité médiévale.
Le 23 juillet à 21h
Abbaye de Beauport – Paimpol
Un joyau de pierre au bord de la mer.
Vergers, prés salés et port abrité sont l’écrin de cette abbaye qui demeure l’une des plus importantes de Bretagne. Fondée en 1202 elle fut aussi une étape des pèlerins sur la route de Compostelle.
C’est un grand bonheur de pouvoir faire résonner quelques notes de musique dans cet endroit magique !
Abbaye de Beauport
Le 24 Juillet à 20h30 et le 1er août à 19h30
Abbaye de Landevennec – Landevennec – libre participation
"C’est un lieu extrêmement agréable, exposé au soleil, inaccessible à tous les vents, sauf un peu le vent d’Est ; comme un paradis magnifiquement tourné vers le soleil levant… un jardin orné de fleurs de toutes sortes de couleurs, où récolter les fruits non seulement de la terre mais encore et surtout du ciel" - Vie de Saint Guénolé, IXème siècle
Après avoir résonné des prières des moines, les pierres de l’ancienne abbaye de Landévennec chanteront à nouveau pour deux concerts désormais traditionnels pour nous.
abbaye de Landevennec
25 juillet à 21h
Village médiéval de Poulfetan – Quistinic
Entre vallon et rivière, un village aux toits de chaume et aux cheminées massives qui vous plonge au cœur de la Bretagne médiévale. En journée vous aurez peut être le temps de découvrir les artisans, l’auberge et les gestes de la vie paysanne bretonne parfaitement mis en scène dans ce village très vivant.
Le soir nous donnerons avec les musiciens un concert sous les étoiles au milieu des bottes de paille de la grange.
tavarnpoulfetan
26 Juillet à 19h
Le bateau livre - Penestin
« Café, épicerie, jeux de boules, la café du Haut Pénestin a une longue histoire.
Chaque été, les champs alentour prenaient la couleur des toiles de tente et des caravanes. Les jeux de boule bretonne étaient envahis et le café était le lieu naturel de rendez-vous des familles.
Les temps ont changé, mais aujourd’hui il a retrouvé vie en devenant café-librairie.
Lieu d'échange et de musique, "le bateau livre" est aussi et surtout une librairie.
Alors, poussez la porte et prenez le temps, de découvrir, de lire et venez boire un verre... »
Rendez vous pour un apéro concert haut en couleurs et en musique !
le bateau livre
29 juillet à 21h
Espace culturel – Pont Croix – libre participation
Entre mer et rivière, un village accueillant qui inspira les peintres et dont les ruelles abritent des légendes anciennes. Marchands, prêtres, brigands et nobles seigneurs peuvent à tout instant y resurgir du passé.
Mon village natal…Un concert à la maison !
30 juillet 2009 à 21h
Eglise de Plouguerneau
Au pays de Abers (un mot celtique qui signifie vallée de fleuve envahie par la mer), entre terre et mer, une église semblable à un joyau de granit, avec en guise d’écrin un des plus beaux enclos paroissiaux de Bretagne….a découvrir !
31 Juillet à 21h
Chapelle de Kermouster - Lézardrieux – entrée libre
Une escale à la chapelle de Kermouster, surmontant un port dont pécheurs et plaisanciers raffolent.
Le hameau respire la douceur de vivre.
Georges Brassens avait une maison non loin de là et il y avait commencé à apprendre le breton.
2 aout 2009
Chapelle de Menfouest – kerfeunteun – Quimper
Une chapelle de XVIIIème siècle dédiée à Notre Dame.
Une association se bat pour restaurer et faire connaitre ce petit trésor d’architecture. Venez le découvrir !
4 aout à 21h
Chapelle Ste Hélène – Douarnenez
Au pays de la ville d’Ys et du brigand la Fontenelle,…
Au cœur de la vieille cille et non loin du port de pêche, cette chapelle fut celle du quartier maritime du Rosmeur groupant pêcheurs, ateliers de presse à sardines et plus tard usines.
Elle possède de magnifiques vitraux et des bas-reliefs aux motifs maritimes qui rappellent que des marins participèrent à sa construction…l’air du large et l’invitation au voyage ne sont pas très loin dans cette jolie chapelle.
6 aout à 20h45
Abbaye de Paimpont
Au cœur de la forêt de Brocéliande…
Tout commence au 7e siècle, au temps des Mérovingiens. Le royaume armoricain de Domnonée est alors dirigé par le roi Judicaël, dont une des résidences est Gaël, entre Paimpont et St Méen.
Avec son ami Mévenn, il fonde un prieuré dédié à Notre Dame, sur les bords de l'étang actuel de l'abbaye.
Ce prieuré sera détruit au temps des invasions normandes.
Puis, la paix rétablie, un second prieuré sera construit et transformé en abbaye. Des moines bénédictins y vécurent jusqu'à la Révolution.
C’est un grand plaisir de pouvoir jouer dans cette magnifique abbatiale gothique.
Visitez aussi les jardins et l’exposition sur la quête du Graal accueillie par l’abbaye. Les légendes arthuriennes et les fées d’autrefois flottent dans l’air de cette abbaye…
Abbaye de Paimpont
Quelques rendez vous aussi pour des showcases et dédicaces aussi à Vannes (18 juillet), Brest (22 juillet), et Douarnenez (25 juillet) et Audierne (25 juillet et 1er aout) .
A bientôt !
21 Avril 2009
Louisiane, New Orleans 2009
13 avril 2009
Le week end fût chargé…
Aller retour à Nantes le samedi pour participer à la promo d’Anne de Bretagne….mini show case pour l’agence culturelle bretonne et myriades d’interviews…décidemment le personnage d’Anne et les chansons d’Alan Simon suscitent beaucoup d’intérêt et d’émotions…
Dans le cœur du château des Ducs j’ai aussi essayé pour la première fois le costume de Anne.
Les couturières sont de véritables orfèvres !
Aller retour en Belgique le dimanche pour un concert avec le quintet au festival Trolls et légendes de Mons.
Festival magique : fées, trolls, lutins, magiciens et peintres…
Mon ami John Lang nous a rejoint pour quelques chansons à la flûte et au bouzouki.
Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas joué ensemble et c’était un vrai plaisir sur scène !
Envol pour les USA le lundi …Quelle vie étrange…Nantes – Paris – Belgique – Paris – Atlanta – La Nouvelle Orléans…le tout en moins de trois jours.
Parfois je me demande si je n’ai pas un brin de folie coincé quelque part dans le cœur ou l’esprit pour dire oui à de telles pérégrinations…
Seul bémol à cette vie de troubadour motorisé : les avions et les aéroports que je finis par haïr chaque fois un peu plus à chaque nouveau voyage.
La seule perspective de faire escale dans un aéroport et de subir les procédures de douanes, contrôles, attentes, retards éventuels, suffit à venir à bout de ma patience et de mon calme et me transforment en véritable misanthrope.
En même temps je reste fascinée par ces grandes ruches grouillantes et aseptisées que sont les aéroports car ils sont un peu hors du monde réel, comme de gigantesques parenthèses dans lesquelles on perd la notion de l’heure, de l’espace et aussi un peu de son identité.
Patrice Fisher et la harp society de Louisiane m’ont invitée pour la seconde fois pour une série de concerts dans les écoles, des workshops et un concert à la Trinity Church de la Nouvelle Orléans avec les élèves de harpe celtique.
Les élèves ont travaillé plusieurs semaines sur mes chansons et cela va être très amusant de jouer « Bran » ou la « Valse des ondines » avec eux.
Ma précédente venue date de 2002 et cela m’a intéressé de relire mon carnet de bord de l’époque et de le comparer avec celui-ci…J’étais alors un brin plus jeune et encore étudiante….pendant deux mois, 30 concerts dans la rue, les clubs et les bars…
7 ans ont passé et depuis, il y a eu l’ouragan Katrina qui a balayé la Louisiane et beaucoup d’eau aussi qui a coulé sous les ponts de ma vie.
C’est intéressant parfois de faire un arrêt sur image de regarder en arrière pour voir le petit bout de chemin qu’on a parcouru.
Il y aurait surement des choses à refaire, à changer, mais dans l’ensemble je suis plutôt heureuse de ce que je vois en me tournant vers le passé.
J’ai toujours eu l’impression d’avancer dans la vie comme si j’assemblais les pièces d’un puzzle. Au début du jeu, on ne devine pas le motif, mais un beau jour, au fur et à mesure de l’assemblage, on comprend le dessin et chaque pièce du puzzle prend alors plus de sens.
Cela devient alors plus facile de poser chaque pièce. On espère juste un jour finir le puzzle et pouvoir alors, fatigué, le regarder d’un œil satisfait.
Pour ma part il me reste encore pas mal de pièces à placer dans mon puzzle mais je commence à avoir une vague idée du dessin complet.
Je suis arrivée vers 1h30 (il est 8h du matin en France !) à la Audubon Guest House, la pension que tient Barbara Martin à l’entrée de l’Audubon Park.
(À recommander pour tous ceux qui veulent passer un séjour unique à la Nouvelle Orléans et se plonger délicieusement dans le passé français de la ville) http://www.historiclodging.com/audubon/
C’est une maison en bois de cèdre des années 1890 à deux pas du parc Audubon. Il y règne une atmosphère incroyable. Chaque meuble et chaque objet raconte une histoire.
Le salon est une véritable forêt de harpes. (Barbara est membre de la harp society et son second mari était un harpiste gallois renommé).
Le jardin est un rêve, tout autant que ma chambre. Le lit est si haut qu’il faut un tabouret (placé judicieusement là à cette intention) pour y monter.
La salle à manger dans laquelle chaque matin un petit déjeuner de princesse est servi dans des couverts d’argent sort tout droit d’un conte de fée.
Barbara a d’ailleurs tout de la marraine-fée qui habite nos contes d’autrefois.
Pour preuve, chaque matin, il y a des biscuits beurrés juste sortis du four, et du café toujours chaud et cela quelle que soit l’heure à laquelle je me lève….Quand je vous dis qu’elle est un peu magicienne…
14 avril
Behrman school concert
Il est 9h du matin et je dois donner un court concert pour les enfants de l’école.
La Nouvelle Orléans est décidemment une ville mystérieuse car à notre arrivée il n’y absolument personne : les grilles sont fermées et personne ne répond au téléphone.
D’ailleurs le numéro de téléphone qu’on nous a donné n’est pas attribué. L’école Behrman serait-elle une école pour fantômes ?
A ce jour le mystère n’a toujours pas été éclairci.
La matinée étant par conséquent libre, je décide de prendre le streetcar (le vieux tramway qui sillonne toute la ville) en direction du french quarter.
Le long de St Charles avenue, il y a toujours ces maisons en bois incroyables avec leurs grands jardins et leur charme colonial.
le French quarter a été relativement épargné par l’ouragan.
Toujours les même noms de rues au doux parfum français : Chartres, Toulouse, St Louis, St Pierre…..
Les magasins de souvenirs pour touristes sont eux aussi toujours là, toujours aussi nombreux, avec toujours autant de babioles – preuve que les touristes reviennent flâner à la Nouvelle Orléans.
Une nouvelle catégorie de souvenirs, fabriqués autour de la mémoire de l’ouragan Katrina, est toutefois apparue dans les étals des magasins.
Nous sommes en avril mais l’air est déjà brûlant.
De la musique s’échappe sur les trottoirs, partout des effluves d’épices et d’alcool.
Dans les vitrines de certains magasins on fabrique des pralines (spécialité de la ville) sous les yeux gourmands des badauds.
On peut acheter des piments de toutes sortes, du Tabasco, des cigares, des masques de mardi gras et beaucoup de souvenirs « made in Taiwan » (sacs, hamacs, bijoux de pacotille…)
A l’entrée du french market, le café du monde est toujours là, servant à longueur de journée son café au lait brûlant et ses beignets mythiques.
La Nouvelle Orléans est aussi réputée pour ces magasins d’antiquités et ces brocantes…tout se qui se rattache au passé européen et français de la ville est vénéré !
Le moindre bénitier en provenance d’une de nos églises de campagne atteindra ici des prix fous…Si vous cherchez la statue de vierge ou le vieux fauteuil que vous avez connus dans la maison de votre enfance et qui furent vendus trois sous un jour par votre grand tante ou votre grand mère lors d’un vide grenier quelconque, il y a de grandes chance pour qu’ils se trouvent ici quelque part…c’est assez fascinant de voir la quantité de meubles et objets proposés ici.
Poupées de porcelaine, linge, meubles, bijoux anciens….
la liste est longue et parfois surréaliste quand on découvre une armoire provençale ou des verres à pied vendus dix fois leur prix ; parfois choquante quand il s’agit de cabinets précieux ou de statues de sculpteurs renommés….
Ce qui est drôle dans cette histoire c’est que pendant des décennies, les gens des villes et de campagnes françaises n’ont eu de cesse que de se débarrasser de leurs vieux meubles noirs et lourds, de tous ces chandeliers et autres casseroles de cuivre, pour les remplacer par des meubles et équipements modernes…
Et aujourd’hui les américains nous envient nos « vieilleries ».
Je pense que c’est parce que tout – absolument tout - est jeune dans ce pays. Il est rare qu’un monument ai plus de 150 ans…alors on se fabrique un passé mythique à travers des objets un peu « chargés » d’histoire.
Savent-ils qu’il existe aussi une histoire millénaire sur ce continent ? Seulement, elle n’est pas blanche : elle est indienne et nous l’avons un petit peu bousillée…Peut être parce qu’elle n’a pas de patrimoine sur lequel capitaliser, pas de meubles et d’objets luxueux, seulement des outils, des objets magiques, des histoires et des paysages…rien qui ne prenne sa place dans nos maisons.
Dans le French market la statue de Jeanne d’Arc et toujours là.
Le Mississippi coule des jours tranquilles, indifférent aux bruits de la ville.
Il y a peut être un peu moins de touristes mais toujours autant de fanfares de Jazz et de peintres du dimanche.
Un peu moins de diseuses de bonne aventure le long de la cathédrale…Les gens ont peut être définitivement perdu leurs illusions et préfèrent ne pas connaitre le sort qui les attends...ou alors comme Ils ont déjà vécu le pire pendant l’ouragan, ils pensent peut être qu’après tout, l’avenir ne peut être que meilleur.
Le O flaherty’s pub a disparu. J’y avais joué plusieurs fois par le passé. Il y a maintenant de lourdes planches de bois devant chaque fenêtre.
Penser à ramener café du monde et piments
3 mai 2002
Harpe dans la rue près de la basilique St Louis – près des diseuses de bonne aventure – une fleur – un bracelet – des dollars. Une libellule se pose sur la harpe et reste le temps d’un morceau. C’était une fée ?
Stephen me raconte une expérience qu’il a vécue avec les fées…comme des petites lumières tourbillonnantes qui lui sont apparues un jour. Pour lui les fées sont des créatures de dieu, placées par lui ici bas pour aider les hommes à cultiver la terre et faire de la musique.
En écosse il existe une communauté de fermiers qui invoque les fées pour avoir de meilleures récoltes…et ça marche !
Stephen avait un oncle magicien qui est mort sur scène juste après la tombée du rideau !
21 mai 2002
Concert de Beth Paterson au pub irlandais « O Flaherty ». Une des chansons qu’elle chante me séduit immédiatement :
« je m’endors, je m’endors
et j’ai froid et j’ai faim
Le soleil et couché
jsuis bien loin dla maison
J’ai lu tous les livres que j’avais emporté dans l’avion et je dois absolument trouver une librairie en français.
Déjeuner au café Maspero
L’endroit pue la friture mais est très sympathique.
Il propose un menu traditionnel américain.
Des familles aux larges fesses débordant de fragiles chaises de bois commandent burgers et sodas glacés.
Sur le mur un tableau donne un aperçu de ce qu’à pu être le quartier de la cathédrale il y a cent ans… j’ai l’impression que j’ai remarqué ce tableau uniquement parce qu’il me faisait penser à une vue du quartier Kereon à Quimper et je me dis qu’au fond on ne remarque que ce que l’on connait déjà.
Répétition vers 17h
Le quartier de Patrice a été très touché par ouragan.
Trois ans et demi après Katrina, les habitants viennent seulement de toucher l’argent du gouvernement pour restaurer leur maison.
Malgré la crise profonde qui touche les usa et dont on me parle sans arrêt, avec tous les travaux de reconstruction, la situation économique de la Louisiane est paradoxalement bien meilleure que dans beaucoup d’autres états.
Les gens ont besoin de parler de l’ouragan, de le raconter, de dédramatiser par des mots ce qu’ils ont vécu : inondation, destructions, pillages, violences….
C’est comme un exorcisme.
Une élève m’explique qu’ils ont tout laissé derrière eux excepté trois chats, les photos de la famille et sa harpe…Cela me fait réfléchir à ce que j’emmènerais avec moi dans une telle situation.
Les élèves ont bossé sur mes chansons.
Certains ne joueront que les accords, d’autres ont travaillé les mélodies. J’aime la démarche de Patrice qui encourage même les débutants à jouer en ensemble.
Une élève m’invite ensuite à la réunion mensuelle de la scottish sociéty.
Ils se réunissent régulièrement pour des dîners, danses tradiotionnelles et discussions.
Je m’étais imaginé une réception un peu « ampoulée » avec des petits plats dans les grands.
En fait la réunion a lieu dans un gymnase – drapeaux et tartans écossais sont fièrement arborés. Cookies, sablés et whisky.
L’assemblée est réduite et plutôt âgée, voire estropiée. Il a quelque chose de touchant de les voir maintenir cet héritage écossais fantasmé.
Derrière les danses et la fête, cet attachement à un pays originel, dans lequel la plupart ne sont pas nés, avait un parfum un peu triste. J’ai senti en eux la nostalgie d’un pays qu’ils n’ont pas connu. C’est important de se créer des racines…
Diner en terrasse dans un restaurant libanais. Je savoure la douceur de l’air et la végétation luxuriante de la ville.
25 mai 2002
la Nouvelles Orléans c’est la ville des chats, surtout la nuit….Pourtant sont-ils aussi nombreux ? Serait ce un paradis de mystères comme l’est Venise ?
J’aime les rues ici, à cause des arbres. Ils poussent librement jusqu’à en détruire la chaussée – belle revanche de la nature…
ce soir c’est la pleine lune. C’est à cause d’elle que nous sommes tous un peu sur les nerfs. (…) petit câlin avec un chat gris.
Le lendemain, mercredi 15 avril est mon seul jour de liberté…
RDV dans un cimetière ancien dans lequel on restaure des tombes qui datent pour la plupart de la seconde moitié du XIXème siècle. Pour les américains, ces tombes sont très anciennes et atypiques (ces petits édifices-caveaux sont plutôt de style européen)…
On nous explique que les morts remontent parfois à la surface lors des inondations si on ne les enterre pas profondément…Sympathique perspective.
Le commandore palace est un restaurant très old fashioned qui borde le cimetière.
On me promet de m’y emmener avant mon départ pour que je puisse gouter au charme de l’ancien temps….
Balade dans Garden district : maisons coloniales gigantesques, grands jardins. Des demeures de maitres et riches planteurs, emplies de légendes, de fantômes et de vaudou
Nous passons devant la maison de l’écrivain Maison d’Ann Rice.
Balade dans le french quarter. Après investigation, je découvre un book store qui a des tonnes de livres en français !!! Le libraire parle ma langue et ma nationalité me vaut une jolie réduction sur les bouquins achetés.
Pour l’occasion j’achète un bouquin d’Anne Rice – une histoires de sorcières – pour être totalement dans l’ambiance – ainsi qu’un énorme pavé de James Elroy –(celui là devrait tenir le temps du voyage de retour).
Le librairie m’a conseille un restaurant pour déjeuner : le napoléon house – dans la cour intérieure duquel je m'installe après le départ de Barbara pour écrire le journal…j’applique à la lettre ma nouvelle philosophie de voyage : éviter les déplacements agités dans les villes que je visite – comprendre par l’immobilité.
Ai retrouvé les cannoli, des pâtisseries italiennes découvertes lors de mon premier séjour ici et jamais retrouvées…(beaucoup d’immigrés italiens –mélangés aux irlandais, français, espagnols – de quoi donner naissance à de savoureuses histoires de mafia)
Auparavant j’ai fait un détour par quelques magasins pour touristes, musée vaudou et autres boutiques de sorcellerie qui se cachent dans les moindres recoins de la ville…
En exploitant à outrance certains aspects de leur histoire – légendaires ou réels – les villes touristiques finissent par s’engluer dans une sorte de confiture pour touriste.
Ainsi les poupées vaudous sont-elles proposées en vente en série, de même que des parfums, charmes, bougies, savons (du savon vaudou ?) herbes – le tout sensément préparé et chargé par de vraies prêtresses vaudou – et vendu avec le prix adéquat.
Idem pour les pirates (dont le célèbre jean Lafitte) qui ne sont plus que des pirates de mardi gras. Partout on trouve chapeaux pirates de pacotille et autres perroquets en peluche.
J’ai été beaucoup amusée par le musée de l’absinthe (ici tout ce qui se rattache au passé français est vénéré) : la boutique (évidemment le musée est avant tout une boutique) propose tout le nécessaire à absinthe : verres, cuillères, sucres, bouteilles, mais aussi des parfums, savons (encore eux???) bonbons, livres, posters à l’effigie de la fée verte…Et aucune goutte de l’alcool en question à l’horizon, pas même une pale imitation non alcoolisée.
Les tours opérators se régalent à vendre des tours fantômes et effrayants.
Flânerie dans les brocantes…serrures, bouteilles, bijoux, vieilles nippes et vieilles nappes, vases, lampes, tableaux…
Les diseuses de bonne aventure s’installent autour de la cathédrale.
L’une d’elles, tee shirt rose et bigoudis roses sur la tête, attend mollement la clientèle dans son transat rose. Elle est comme posée là, personnage complètement improbable, magique et banal à la fois. Duane Hanson aurait pu la prendre comme modèle pour une de ces sculptures.
Pubs et cafés glauques dans la rue qui longe le french market…un mime tout pailleté d’or (je l’ai vu à l’œuvre du côté de la cathédrale) se détend, cigarette au bec, assis devant une machine à sous.
Peut être qu’il claque tous les dollars qu’il a gagné tout à l’heure dans la rue. Odeurs de friture, de pisse et d’alcool. Notes de Guitares électriques toutes grasses qui s’échappent des devantures.
Petite halte au Café du monde. – il parait qu’un séjour à la Nouvelle Orléans ne saurait s’en passer.
Café et beignets tout poudrés de sucre glace. – traditionnel – une petite fille à la table d’à côté a le visage entièrement recouvert de sucre glace. Sa mère tente de la débarbouiller avec un peu d’eau mais l’eau et le sucre glace se transforment bientôt en une sorte de pâte sucrée ! Il faut avouer que manger les fameux beignets sans en mettre partout est un exercice difficile.
22 mai 2002
Herbes et potions…magasins diététiques – henné et almanachs de sorcières.
Visite d’un mausolée – atmosphère étrange – impression de ruines antiques, de labyrinthe, de civilisation disparue – calme et silence – magnifiques vitraux.
Serait-ce mon endroit préféré aux Etats Unis ?
Jeudi 16 Avril
Je me suis levée un peu plus tard…les histoires de sorcières d’Ann Rice m’ont occupé une bonne partie de la nuit.
On m’emmène déjeuner dans un restaurant Mexicain – sans méchanceté, je ne comprends pas comment une nourriture paysanne a base de maïs et de haricots noirs peut s’ériger en gastronomie.
Ballade dans l’Audubon parc et les quartiers chics
concert à l’école du sacré cœur
Une des plus chics et des plus anciennes écoles de la Nouvelle Orléans. Fondée à l’ origine par des nonnes françaises, c’est toujours une école religieuse pour jeunes filles.
L’uniforme est de rigueur.
L’école coûte une fortune. Je n‘ai vu que des étudiantes blanches. Dans une ville multiethnique cela m’a choqué (tiens,la femme de ménage est noire…)
j’ai joué devant 150 jeunes filles en mini jupe écossaise, disciplinées et fabriquées dans le même moule…je sais que certains de mes musiciens auraient pu donner leur âme au diable pour être là et cela m’amuse d’y penser.
Je me demande comment des lieux comme celui-ci, avec leurs professeurs et personnel exclusivement féminins ne deviennent pas de véritables foyers d’hystérie féminine.
Une nouvelle balade en voiture et cette fois le revers de la médaille : Nous sommes dans un des quartiers pauvres, près du lac.
Je n’en suis pas particulièrement joyeuse, mais reconnaissante qu’on veuille bien me montrer l’autre visage de NO…les quartiers riches sont un rêve, et voici la réalité. Paradoxalement je m’y sens mieux – pas de triche, pas de carton pâte.
Les maisons sont plus petites –moins jolies. Elles ont été inondées – et beaucoup sont désormais abandonnées.
Les magasins aussi sont à l’abandon - et pour cause, il n’y plus personne à qui vendre de la marchandise.
Des croix et des chiffres marquent les maisons et signalent si on y a trouvé des cadavres d’animaux ou d’hommes après l’ouragan.
Dans ces quartiers, la criminalité (viols, drogue) est très forte. On oscille entre atmosphère hippie-bohème et ambiance glauque.
Difficile d’imaginer que toutes ces maisons ont été ensevelies sous plusieurs mètres d’eau.
Dans le reste de la Nouvelle Orléans, je reste étonné de l’énergie déployée pour faire disparaitre les traces de la catastrophe : les jardins, les maisons, tout est redevenu « comme avant » Comment les humains trouvent-ils la force et le courage de toujours tout reconstruire ?
Dans les quartiers pauvres on assiste à une reconstruction partielle – certains habitants ne reviendront jamais – et il y a d’énormes problèmes pour toucher les subventions qui reconstruiront les écoles, les commerces et les habitations.
Il y a comme un parfum de fatalité dans ces quartiers : ils ont été les plus inondés (car les riches ont pris bien soin de construire dans les meilleurs endroits):
Ce sont en majorité des quartiers noirs, dans lesquels la pauvreté engendre violence, problèmes d’éducation, chômage, et racisme en conséquence.
Comment alors toucher les assurances des inondations quand on sait à peine remplir les papiers de demande d’indemnisation ?
Il faudrait réussir un jour à casser ce cercle vicieux.
J’aime discuter avec mes hôtes américains et les provoquer un peu sur des sujets polémiques:
- histoire de se fâcher un tout petit peu quand même…
les réponses apportées sont souvent déconcertantes car bien que pleines de bon sens, allant à l’inverse de nos jugements. Nous n’avons pas cette réflexion depuis l’autre côté de l’océan.
Aussi j’évoque les armes et leur circulation libre dans tous le pays et dans toutes les poches.
On m’explique la légitimité du port d’arme : celle-ci, inscrite à la constitution du pays (qui date de 1787 !) ne saurait être supprimée car pour beaucoup d’américains elle fait partie de leur histoire et leur patrimoine inviolable…
« Nous sommes une nation de chasseurs » me dit-on…
les new yorkais partent surement le week end pour chasser l’ours et le cerf.
Quel genre de gibier chassent donc les obèses en short et casquette qui trainent leur graisse dans les supermarchés de la Nouvelle Orléans ?
On me dit qu’il y a toujours eu autant d’armes, mais que la criminalité a augmenté récemment à cause des rappeurs (!!!) qui érigent le personnage du gangster en modèle…
Moi je crois que la violence est intrinsèque à ce pays, que les armes ont certes servi jadis aux pionniers pour se nourrir (et aussi pour tuer beaucoup d’indiens) et que les armes à feu se multiplient car les gens vivent en permanence dans la peur de l’agression et la paranoïa.
Je me risque aussi à parler de la place de la voiture dans la ville : ici, les voitures rivalisent de taille et de cylindrée alors qu’on roule la plupart du temps à 40km.
Les immenses pick up ne transportent pas grand chose sinon les quelques courses hebdomadaires de la famille.
Je demande alors pourquoi il n’y a pas de politique sur les transports en commun.
On me dit que leur mise en place serait très contestée car riches et pauvres, quartiers chics et ghettos, seraient alors interconnectés…et les gens ne veulent pas de cela.
Là encore c’est la peur qui préside au raisonnement.
Mais je ne comprends toujours pas pourquoi les gens marchent si peu : Pour parcourir deux blocs – à peu près 400 m – on prend sa voiture – (et on grossit !) ;
lorsqu’on me propose de faire du tourisme il y a de grandes chance pour que la balade se résume à un tour en voiture…
Dîner dans un restaurant libanais (encore !) - à croire que tous les américains ne se nourrissent que de houmous …
C’est très bon mais le resto est bruyant – un numéro de danseuse du ventre qui est un peu triste car totalement artificiel. Les clients glissent des dollars dans l’échancrure des robes des danseuses.
On me dit qu’un tel numéro ne passerait pas au Texas où il serait jugé choquant et dégradant. Ici on est réputé pour son ouverture d’esprit…
Vendredi 17 avril
Matinée tranquille et déjeuner avec Barbara
exploration de la maison et du jardin – harpe.
15h départ pour Lafayette
2h30 de route – même sur l’autoroute, les américains roulent doucement…environ 90km/h.( à ce rythme, il faudra m’expliquer pourquoi les voitures sont si puissantes)
L’autoroute qui mène à Lafayette est incroyable car construite au milieu du lac Pontchartrain.
Par moment, elle est entourée de marais qui donnent naissance à des paysages fantasmagoriques - végétation luxuriante, alternant avec des troncs d’arbres morts qui se détachent sur fond d’eau et de ciel gris.
7 octobre 2003
retour à la Nouvelle Orléans.
La route est belle : avec le bayou des deux côtés, c’est comme si les arbres grandissaient dans la rivière. Certains sont des arbres morts – très grands – on dirait des totems. C’est irrésistiblement mystique et… indien. (…) paysage à la fois terrestre et aquatique. Effet de miroir et de renversement du monde.
Les cajuns vivent dans la région de Bâton rouge et Lafayette. Pionniers français chassés du canada par les anglais, ils ont rejoint la colonie française au milieu du XVIIIème siècle.
Ils étaient fermiers, et se sont plutôt installés dans les terres, laissent la côte et les grandes plantations aux créoles (ici le mot créole désigne les franco-espagnols de la Nouvelle Orléans, mélangés aux populations haïtiennes et africaines)
Les cajuns pêchent, cultivent le riz, la canne à sucre et élèvent les écrevisses (crawfish), soit tous les ingrédients de la délicieuse cuisine cajun (qui mélange à merveille la cuisine française et les épices d’Haïti et de l'inde)
Pas le temps de visiter Lafayette
répétition puis concert –
Nous voulons rentrer après le dîner.
Mais la pluie et le vent se sont donnés rendez vous.
Je n’ai jamais vécu un si gros orage. Des trombes d’eau s’abattent sur nous et le ciel est dangereusement violet.
La voiture se noie derrière un mur de pluie.
La route du retour est épouvantable et très éprouvante – on ne voit pas à un mètre – l’état de la route est désastreux – des camions gigantesque nous doublent et projettent grandes vagues d’eau sur la voiture, ce qui achève de m’effrayer.
La musique de l’autoradio (de vieux standards sud américains) et la danse folle des essuie glaces qui balayaient le pare brise à toute allure rendaient la scène un peu comique mais je peux dire que pour la première fois de ma vie j’ai vraiment cru ne jamais arriver à destination.
Le long du trajet, des noms de villes et quartiers indiens qui sonnent comme des éternuements : Tchoupitoulas – Atchafalaya - Ponchatoula…
17 mai 2002
Tempête !
29 mai 2002
Pluie et orage – risques d’inondation. On me raconte que l’eau de pluie recueillie est très utile aux sorcières. Quant à moi j’aime ce temps. Il me donne de l’énergie.
Des écureuils se baladent sur les fils électriques entre les arbres.
C’est au fond comme un réseau d’autoroutes pour eux. Les animaux utilisent positivement nos installations.
30 mai 2002
Orage et tempête pendant que je suis à la bibliothèque. – c’est impressionnant mais j’aime mieux cela que le soleil.
samedi 18 avril
Radio show à 1Oh – wwoz – la radio locale de la région - très écoutée – RVD au celtic show.
L’animateur se souvient de ma première venue. Il est très enthousiaste. Je joue quatre chansons.
Le French quarter festival à commencé et les rues sont encombrées.
Workshop en petit comité à l’église Trinity – je retrouve avec beaucoup de joie ma chère Manon – toujours aussi lumineuse.
Après midi avec mes nouvelles « copines » Michaela et Barbara.
Il est rare que je m’autorise des moments de détente entre filles mais après tout je me suis peut être laissée contaminée par la devise cajun de la Nouvelle Orléans : « laissez le bon temps rouler » ! : pique nique puis balade dans le french quarter : vintage clothes, bijoux, café et beignets au café du monde, restaurant au retour près de la maison.
Achat de chapeaux…
Avec le festival la pension de Barbara est pleine d’hôtes.
Une des guests a eu un problème de clés : elle nous raconte qu’un « black man » lui a pris les clés qui lui étaient destinées dans la boite aux lettres...Barbara s’inquiète…Nous éluciderons le mystère un peu plus tard : C’est en fait Domingo, l’homme de confiance de Barbara, d’origine hispanique, qui a confondu ce jeu de clé avec un autre et l’a embarqué.
Pour cette femme, Dominguo, qui a le teint très légèrement hâlé, restera toujours un noir, de même que tout métis,indien, magrébin, italien ou espagnol seront toujours pour elles des «noirs»
Ce n’est pas qu’elle manque de sens de l’observation, c’est juste que tout son être est bloqué dans cette configuration.
Je connaissais ce versant de la sottise humaine (un de plus) mais je ne l’avais jamais constaté chez quelqu’un avec autant de naturel…c’est juste bluffant, mais très commun ici…
Nous parlons encore des armes – des quartiers chauds de la ville.
Il y a des endroits ou personne de va jamais (pas même les flics)
Les gens se font - parait-il - régulièrement descendre.
Drogue – caïds.
Cela se passe bien entendu dans les quartiers pauvres de la ville – souvent les quartiers noirs – et comme par hasard ce sont les quartiers qui ont été inondés (les riches ont construit dans des endroits plus hauts)
Ce qui est fascinant c’est qu’un quartier huppé, comme celui de Garden district, peut côtoyer des zones de pauvreté totale.
Des zones de non droit en plein milieu de la ville.
Des patrouilles circulent tout autour de cette zone, non pour arrêter les criminels mais pour circonscrire leur quartier et empêcher la « contamination » des autres quartiers.
Je ne sais pas dans quelle mesure tout cela est vrai ou dans quelle mesure cela relève de la parano mais je constate que les gens ont peur, même dans leurs quartiers chics…sous des allures débonnaires et tranquilles, les habitants n’en mènent pas large le soir venu.
Même dans le quartier ultra chic dans lequel je loge, On me recommande ci et ça, mais très franchement je ne ressens pas de danger (et pourtant j’ai un sixième sens très affuté quand je voyage)
Michaela me dit que les gens que nous croisons dans les cafés, dans les rues, ont très probablement tous une arme sur eux ou dans leur gros pick up, « just in case » …
Elle pense qu’on ne fera jamais renoncer les américains à leur « droit » de posséder une arme.
Après l’ouragan Katrina, la ville a connu de nombreux pillages et crimes, et beaucoup de gens ont eu vraiment peur – et à juste titre - pour leurs biens et pour leur vie. Depuis la ville est encore plus armée qu’auparavant. Avec la crise économique qui a pointé son nez, les boutiques d’armes ont vu leur stocks de munitions dévalisés…cela ne présage rien de sympathique.
Les gens disent avoir des armes pour se protéger des gangsters…cela justifie-t-il d’avoir un long riffle ou un M16 chez soi comme me le confirment les filles ?
Avoir une arme chez soi multiplie considérablement les chances de s’en servir un jour.
Pour se protéger ? N’y a-t-il pas un risque constant de déraper? Il parait que la plupart des meurtres (quand ils ne sont pas des règlements de comptes entre gangsters) naissent de scènes de jalousie et autres drames conjugaux…
Dimanche 19 avril
Sound check à Trinity church –Pour y avoir déjà joué, je sais que cette église dégage une atmosphère particulière.
Un joli moment...
Jouer avec les élèves est une expérience sympathique même si certains ont vu tout leur travail paralysé par les stress de jouer en public !!!
Ma fierté ce jour là est la confession d’un de spectateurs après le concert qui me dit n’avoir jamais passé la porte d’une église ou d’aucun lieu de ce genre, ni avoir jamais écouté ce genre de musique, mais qui est venu écouter le concert car il a été aimanté par le charme des chansons jouées à la radio samedi…
Réception le soir avec tout le petit monde, chez Barbara qui a cuisiné pour nous toute la journée : Thé glacé à la menthe et pomegranate, salades de haricots et de pommes de terre cajuns, crabes farcis délicieusement créoles et sorbet ananas.
(Quand je vous dis qu’elle est une fée !)
Lundi 20 avril
Concert Ecole Behrman
La directrice de l’école a fini par rappeler quelques jours plus tard et nous avons reprogrammé le concert pour le lundi 19 avril….sans autre explication !
C’est une école publique des quartiers pauvres : enfants noirs, professeurs noirs, personnel noir. Peu de budget et de moyens. Autant dire que le concert que je donne est gratuit.
Quelle contraste après la très chic école du sacré cœur et toutes ces jeunes filles blondes !
Cela en est même choquant –J’ai vraiment honte qu’un pays moderne puisse laisser s’installer cette sorte de ségrégation insidieuse…
Je me résume l’équation :
quartiers pauvres = noirs = école publique ? / Quartiers riches = blancs = école privée ?
En discutant plus tard avec Manon elle m’apprend que l’équation est plus compliquée.
Ici les écoles sont complètement dessinées en fonction de la couleur de peau (sauf dans quelques églises qui œuvrent pour la mixité – comme le projet « turn » de trinity church, qui aimerait faire bouger les choses)
il existe ainsi également des écoles huppées pour enfants noirs de bonne famille et des universités pour étudiants noirs.
Sur le papier tout est mixte, mais dans la réalité les parents continuent à perpétuer la séparation des « races » : des parents noirs aisés ne voudront pas que leur enfant se retrouve seul parmi les blancs, et l’inverse est aussi vrai…bien sûr.
Cela continue à l’université, et cela continue dans la vie active, et les enfants devenus parents à leur tour perpétuent la tradition.
Une famille très reconnue des beaux quartiers a perdu la moitié de ses « amis » lorsqu’ils ont voulu organiser un bal des débutantes (tradition très ancrée ici) pour leurs deux filles : seul problème, les jeunes filles sont noires car elles ont été adoptées. Les « braves gens » ont préféré ne pas venir à ce bal ressenti comme un outrage aux bonnes mœurs !
Heureusement certains essayent de briser ce cercle vicieux : un jeune blanc s’est inscrit dans l’université noire de la ville pour suivre le programme de musique. Il fait figure d’original. ….il faudra longtemps et beaucoup d’originaux comme lui pour que tombent tous les préjugés.
Je pensais que ces barrières invisibles étaient tombées dans les années 90’.
Je ne sais pas comment cela se passe dans les autre états américains, mais ici c’est à désespérer.
On se sent vraiment tout près de l’époque où les noirs n’étaient pas autorisés à monter dans les bus des blancs…
Ce sera mon dernier souvenir de Louisiane, et après un déjeuner avec mon amie Manon (très enthousiaste après que je lui aie expliqué le principe du vélib à Paris !) je m’envole pour Paris avec le sentiment que la France, malgré beaucoup de disfonctionnements et d’injustices, ne s’en tire peut être pas si mal que ça, dans le respect des êtres, de leur liberté, et de leurs différences.
5 fevrier 2009
Carnet de dessins...SketchBook...
Avec la sortie de la vidéo de « Sweet Song » j’ai eu envie de publier ici quelques dessins…
Je me réjouis que ma musique puisse inspirer ces illustrations !
Merci aux dessinateurs pour les rêves qu’ils font pétiller dans nos yeux !
With the release of my new video « Sweet Song, I’m glad to publish here a couple of drawings.
I’m so happy that my music inspired these wonderful pictures!
Thanks so much to the painters !
inspiré par la chanson "Sweet Song"...Inpired by Sweet Song
Inspiré par ma chanson sur la Pirate Mary Read - inpired by my song "Mary" (famous pirate Mary Read)
(c)Fanny Blanchet
www.myspace.com/fanny004
"Ma" fée ! - my personal fairy !
(c) Erle Ferronniere
www.au-bord-des-continents.com/
Une fée toute en douceur...a sweet little fairy
(c) Cathy Delanssay
http://lagouttederosee.blogspot.com/
Quelques liens vers des illustrateurs que j’adore :
Some painters that I recommend :
Jean Baptiste Monge
www.jbmonge.com/
Beatrix Potter
http://www.peterrabbit.com/index.asp
Arthur rackam
http://rackham.artpassions.net/
John Everett Millais
http://www.millais.info/
18-23 novembre 2008
Paraguay - festival internacional del arpa - Acunsion
Le rendez-vous mondial de la harpe...
En tout cas c’est comme cela que les organisateurs ici à Asunción aiment à présenter le festival qui a eu lieu pour la seconde édition cette année.
En effet, la ville d’Asunción concoure auprès de l’Unesco au titre de « capitale mondiale de la harpe »…un titre qui est je trouve assez justifié tant j’ai vu d’engouement pour l’instrument ici.
La harpe paraguayenne, importée il y a plusieurs siècles par les missionnaires jésuites, et adoptée depuis par les indiens guarani, est l’instrument le plus populaire du pays, et les gens d’ici s’enflamment en entendant les airs traditionnels les plus connus.
L’instrument a des interprètes virtuoses : c’est une musique très ornée et qui demande un travail sans faille sur l’instrument. Beaucoup de rythmes ternaires, avec des effets de style complexes dans les mélodies et le son...
J’ai admiré la virtuosité et la technique de tous les harpistes sud-américains.
Pendant quatre jours les cérémonies et les concerts se sont succédés dans le grand théâtre de la capitale….
commémorations, célébrations, discours… (Ici on aime un tout petit peu trop les discours à mon goût…) il y a comme un petit parfum des années 50 dans le ton et le goût pour la commémoration...
Ainsi nous avons même reçu, en tant que harpistes étrangers, un titre de « citoyen illustre de la ville d’Asunción » lors d’une cérémonie spéciale!
Invitations, sorties, interviews télé et presse à n’en plus finir, les organisateurs nous ont véritablement choyés…
Nous étions une trentaines de musiciens, venus du monde entier, principalement d’Amérique du sud : Paraguay,Venezuela, Mexique, Colombie, Allemagne, France (Myrdhin était du voyage et un compagnon idéal pour passer ces quelques jours sous le signe de la harpe !) ou même Sénégal…
J’ai joué au grand théâtre lors de la première soirée de gala et donné une masterclass le lendemain matin...
le reste de mon séjour a été agréablement rempli par les concerts, les visites et la découverte des musiques sud américaines…
Je voulais remercier tous les gens qui m’ont accueilli Ici, et en premier lieu Ismaël Ledesma qui a soufflé mon nom aux organisateurs lorsqu’ils cherchaient des harpistes celtes pour leur programme.
Egalement les organisatrices du festival : Ana Scapini, Marlene Sosa, Lourdes, les techniciens et ingénieurs du son du théâtre, l’hôtel Chaco, Benoist et Cécile Guevel de l’ambassade, Diana, Norma Ortega, Kadialy Kouyaté, l’Ambassade de France au Paraguay, Myrdhin ainsi que Ledy Lopez de Vega qui a été extraordinnaire !
j’oublie surement plein de monde et en relisant cette liste je me dis que le virus des « discours fleuve » des paraguayens m’a un peu contaminé !
Lors d’une visite au Museo del barro, le musée d’art et d’artisanat de la ville, j’ai réalisé que ce pays était constitué d’ethnies aux traditions et langages très variés…le guarani est la langue « officielle » avec l’espagnol, mais il existe une quantité impressionnantes de tribus dont les rites, la mythologie, la culture et l’histoire sont très variées.
Comment alors fonder une véritable identité nationale ? Un peu décontenancé par cette diversité, j’ai l’impression que le pays se pose encore la question et je me demande si la harpe paraguayenne ne serait pas un des éléments forts à retenir pour symboliser l’unité du pays ?
Ma musique a été très bien accueillie ici.
Je me suis ainsi posé la question de la confrontation entre ma musique, ma culture de la musique celtique, et la culture musicale de la harpe sud américaine…
nos instruments ne sont pourtant pas si éloignés (même formes, même nombre de cordes, musique diatonique…)
Les mélodies, le style orné, le choix systématique du ternaire, du mode majeur, et l’absence du chant, font que la musique paraguayenne est éloignée de la mienne car j’utilise la harpe pour chanter et j’aime infiniment le mode mineur.
Les harpistes d’ici ont développé un style incroyable avec beaucoup de technique, d’enjeu, de « bravoure »…c’est une musique « affirmative », qui ne laisse aucune place à l’hésitation…
Mais la vraie différence entre nos deux harpes, j’ai fini par la trouver : c’est la place différente que nous accordons au silence dans notre musique.
Dans la harpe paraguayenne, pas de place pour la respiration (ni pour le chant, bien qu’il existe aussi des chansons traditionnelles) …il s’agit d’occuper l’espace, de le remplir de guirlandes de notes qui tournent à l’infini.
dans la musique celtique, nous aimons laisser résonner les choses, entendre les silences pour entendre le monde alentour.
Notre musique se construit entre les silences, la leur, cherche à les remplir…
Une différence de vison du monde ? Une cosmogonie différente ?
Que retenir de ce court séjour paraguayen ?
D’abord l’enthousiasme des gens autour de moi, coté organisateurs, mais aussi dans les cafés, les hôtels et dans la rue…
beaucoup de sourires et de liens prêts à se créer malgré la barrière de la langue…bien loin de nos peurs citadines et nos hésitations occidentales à communiquer avec l’autre.
Une fausse note vient toutefois ternir ma vision des choses et fait que malheureusement, je ne peux pas être totalement heureuse en marchant dans les rues : nous sommes dans un pays, ou, même dans la capitale, la plus grande pauvreté côtoie un luxe honteux.
Ainsi le palais présidentiel, blanc et majestueux, illuminé de mille feux, jouxte le plus grand bidonville d’Asunción…
j’ai vu des enfants si jeunes mendier dans les rues, des garçons ou des jeunes filles trainer leur misère et proposer leurs services pour quelques pièces pour surveiller ou laver les voitures...vendeurs de fruits, vieilles femmes qui proposent des colliers dans la rue, jeune mère et son bébé dormant sur le trottoir.
Et, tout à côté, le luxe des ambassades et des villas, les magasins, et nous autres étrangers avec nos dollars, qui gagnons et dépensons des sommes dérisoires pour nous…colossales pour eux.
Cela donne envie de croire que le nouveau gouvernement, élu depuis 100 jours, saura répondre à ce besoin énorme de justice sociale…
Quelques jours plus tard, en relisant ce journal, je me dis que nous avons-nous aussi une pauvreté criante qui s’affiche dans les rues de nos villes, et même une autre, qui ne s’affiche pas, et qui est peut être encore plus douloureuse, cachée aux yeux des badauds.
J’ai réalisé qu’il m’avait été plus facile de voir la misère chez les autres que d’admettre les inégalités dans mon propre pays…nos institutions prennent bien soin de ne pas laisser la très grande misère s’installer près d’elles, à leurs portes, alors nous sommes moins choqués par les inégalités…
Au moins le président paraguayen a-t-il chaque jour sous les yeux en se réveillant la mesure de ce qu’il doit accomplir pour aider son pays…
Je ne connais pas bien les enjeux, le pays a connu des années de dictature, mais j’espère de tout cœur que la machine va se mettre en marche…
j’espère que toutes les notes de musique jouées lors du festival monteront au ciel comme une petite prière en ce sens.
Je retiens enfin un moment très particulier que j’ai vécu un soir, très tard, sur le toit de l’hôtel.
Il faisait si chaud que j’avais décidé de prendre un bain « de minuit » (en réalité il était plutôt 2h du matin…) dans la piscine, sur le toit de l’hôtel…Toute la ville vibrait autour de moi, je voyais les rues, les fêtes sur les toits des immeubles au loin, et la musique qui s’en échappait par vagues, l’air était chaud mais plein de vent, l’eau de la piscine parfaitement à la bonne température…
Et soudain j’ai ressenti que tout était « à sa place », comme si cet endroit était, à ce moment précis, subitement devenu le centre du monde. C’était un moment de perfection, comme je n’en avais jamais ressenti auparavant.
Quel étrange endroit que le Paraguay pour éprouver cette plénitude. Même plusieurs jours après, j’ai encore les sensations exactes de ce moment suspendu, perchée dans le ciel, au centre de l’Amérique du Sud…la grâce.
17 novembre 2008
SongBook vol.2 - Birmanie - Burma
Mon nouvel album "SongBook vol 2" sort le 17 novembre prochain.
Il sera disponible chez tous les disquaires (distribution Keltia musique - RSCD287) et est d'hors et déja en vente dans la boutique du site.
Quand vous achetez mon nouvel album "SongBook vol.2", vous contribuez a aider Info Birmanie, une association française pour la défense des droits de l'homme en Birmanie.
Ils aident les populations opprimées de ce pays en militant pour une meilleure connaissance des problèmes politiques, éconimiques et sociaux en Birmanie.
Merci de les aider.
Pour rester informé sur ce sujet, visitez leur site. Et n'oubliez pas le peuple Birman.
INFO BIRMANIE
74 rue Notre-Dame des Champs
75006 PARIS
Tél : +33 1 46 33 41 62
E-mail : contact@info-birmanie.org
Web : http://www.info-birmanie.org/
My new album "SongBook vol 2" will be in french stores from November 17. (distribution Keltia Music RSCD287) and it's now available in my website's shop.
When buying my new album “SongBook vol.2”, you contribute to help Info Birmanie, a french organisation involved in the fight for human rights in Burma.
They help oppressed people of this country, by making the world more aware of Burma’s politic, ecomic and social problems.
Thanks for helping them.
To keep informed, please visit their website and try not to forget about the Burmese people.
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31 octobre 2008
Septembre 2008 - USA - midwest
Quelques photos de notre semaine sur les routes du Midwest entre Chicago et Kansas City...
Elle s'appelle Mary et elle etait notre chauffeur pendant trois jours lors du Chicago Celtic Fest.
Cela ne se voit peut être pas mais elle a des yeux verts..plus verts que l'Irlande elle même !
Je ne comprenais pas tout ce qu'elle disait avec son accent de la rue mais elle nous a sauvé plus d'une fois de la pluie et du vent entre l'hôtel et le festival...
Sinon, voici Chicago dans la queue du cyclone Ike...et nous avec...brume, pluie, chaleur et fortes rafales de vent ; jamais vu autant de pluie en un seul jour...
Le centre culturel irlandais , dans lequel je donne un workshop.
A droite le lac qui borde Chicago...à cause du cyclone, il a des allures de mer d'Irlande, non?
Temps libre et exploration de Chicago...tout est gigantesque ; vertigineux. Nous avons marché plusieurs kilometres sous la pluie pour goûter l'air de la ville. avons nous l'air perdus sur cette photo?
...Un bon résumé de nos deux jours sur les routes du Midwest entre Chicago et Kansas City...L'Amérique profonde ; pas très rassurante.
Le paysage et les gens sont de perpetuels clichés d'une Amérique rurale qui fait un peu peur.
Je ne connaissais vraiment pas les Etats Unis sous ce jour là et j'ai été surprise de voir combien les pires clichés que nous avons d'eux sont très vrais dans certains états...
Kansas City - Art Midwest conference.
KC est moins demesurée que Chicago, mais c'est toujours le règne de la bagnole, des gratte ciel et des grands hotels...
Cette semaine passée sur les routes du Midwest est passée à toute vitesse, comme un rêve etourdissant. le retour en France sera comme un retour à la réalité...
3 septembre 2008
Ete 2008 - Sur la Route - leçons et merveilles
Etre sur la route est devenu ma vie et une seconde nature depuis quelques mois.
Je me suis rendue compte que J’aimais le cheminement, le défilement de la route, du paysage, traverser les lieux, les villages, être traversée par eux aussi.
Peut être même plus que les destinations elles-mêmes…Et il m’est désormais très difficile de m’arrêter quelques part plus de quelques jours sans ressentir l’ennui qui pointe son nez, sauf chez moi, dans ma petite maison, quand j’y reviens, pour me ressourcer avant de repartir…
Avec tous ces voyages, j’apprends aussi une autre façon de voyager, de me déplacer et ressentir les endroits traversés.
Autrefois, lorsque j’arrivai dans un lieu nouveau, une ville, un pays étranger, j’étais prise d’une frénésie de tout visiter, connaitre l’histoire de la ville, en voir les moindres recoins intéressants, les coulisses, les monuments, les églises…
Aujourd’hui j’envisage les choses d’une autre façon, peut être parce qu’en tournée nous ne passons jamais beaucoup de temps au même endroit : a Tallinn, en Estonie, rien ne m’a paru meilleure façon de ressentir la ville que de m’asseoir à la terrasse d’un salon de thé armée d’un livre, d’un thé et de biscuits et de regarder la ville vivre autour de moi. Plusieurs heures en pleine après midi passées ainsi, sous un soleil pâle, après mon concert à l’église St John.
J’avais ainsi l’impression d’être traversée moi-même par l’esprit de la ville, de la connaitre au rythme où elle vit, et non au rythme auquel elle est parcourue par les visiteurs avides de merveilles…
De cet été 2008 je retiendrai les côtes du Finistère, battues par le vent, une mer blanche d’écume tant elle était en fureur, les ciels gris et chargés qui ont été de mise pendant presque tout cet été breton, les escales dans les cafés pour échapper à la pluie…
Souvenirs de concerts
L’abbaye de Landevennec, toujours fidèle et belle, ruine majestueuse mais amie, dans laquelle nous avons joué en trio ; le festival de harpe de Dinan, remarquable, et animé par l’amour de cet instrument magique ; le festival Kann al Loar aux côtés de Carlos Nuñez, avec des organisateurs merveilleux, tout comme ceux des Jeudis du port de Brest, où nous avons passé une soirée haute en couleurs.
Les ports sont décidemment des endroits un peu à part…peut être parce qu’ils contiennent en eux tant de départs, d’adieux, d’au revoir ?
Magique aussi l’église de Locronan dont les pierres ont été l’écrin parfait pour le trio.
De bons moments passés au village de Poulfetan, une bonne adresse à découvrir aussi à « l’Auberge du pont » de Lannilis pour ceux qui aiment la bonne chère.
Leçons...
De cet été 2008 j’aurai aussi appris la méchanceté, la malhonnêteté, et la bêtise…
Vraiment, je ne l’avais pas beaucoup trouvée, ou pas encore remarquée, sur mon chemin de troubadour…
La bêtise, quand des techniciens appelés fort mal a propos « ingénieurs du son » sabotent notre son au concert des trente ans de Keltia Musique ; une soirée qui fut, a part ce désagrément qui nous toucha beaucoup, un très beau moment avec des artistes talentueux.
Plus le temps passe, plus je suis fière de faire partie des artistes qui travaillent avec ce label.
La malhonnêteté, quand l’organisateur du festival folk dans lequel nous avons joué fin août au Pays de Galles part en vacances avec l’argent des recettes et oublie de payer ses équipes et les artistes...
aucun commentaire à ce sujet si ce n’est son nom : Arthur E Turner Thomas. Si vous croisez un jour la route de cet homme, changez de direction, et peut être cassez lui le nez de ma part au passage…
La méchanceté enfin, quand une personne se met à vous haïr et raconter partout tout le mal qu’elle peut en souhaitant vous faire renoncer à la musique…
Voilà qu’un matin tranquille cette femme débarque et déverse des mots sur moi comme si elle versait du poison ; j’ai eu l’impression que sa langue devenait fourchue au fur et à mesure de sa tirade.
Une scène d'autant plus triste quand cette personne est celle qui vous a donné autrefois vos premières leçons de harpe et que vous croyiez être une belle personne….
Qu’est ce qui peut pousser les gens à se laisser déformer par la haine et l'aigreur?
Je m’étais imaginée, peut être parce que la musique évoque pour moi le respect, le partage, et aussi une certaine forme d’amour, et que cela reste le moteur pour moi de la créativité, que je serais enveloppée par ces sentiments et épargnée de toute bêtise et méchanceté… à la différence d’autres métiers peut être…
C’était vraiment un peu naïf, je l’avoue.
Cet été 2008 fut en tout cas une bonne leçon de ce côté-là et m’a appris à me protéger mieux contre les « mauvais »…
j’ai maintenant une armure à toute épreuve.
Bref, ces petites amertumes ne méritent pas qu’on s’y attarde car resteront plutôt gravées dans mon cœur les belles rencontres que j’ai pu faire avec les spectateurs, certains qui nous suivent depuis des années, d’autres qui nous découvraient pour la première fois.
J’ai été heureuse de voir toujours plus d’enfants dans le public qui aimaient notre musique.
J’ai été honorée des rencontres que j’ai faites, celle avec Carlos Nuñez, qui est un musicien incroyablement talentueux et généreux, celle aussi avec le harpiste Ismaël Ledesma, lui aussi virtuose, de la harpe paraguayenne, qui est une personne très précieuse à mes yeux.
Gravés aussi les moments de vie sur scène et en dehors de la scène avec les musiciens. Souvent indisciplinés, parfois agaçants, ils sont mes compagnons et fidèles amis sur la route et je remercie le ciel chaque jour d’avoir croisé leur chemin et d’être aussi chanceuse de les avoir sur scène avec moi.
Ce sont eux qui donnent vie à mes chansons chaque soir...
J’espère vivre d’autres étés aussi riches que celui là, avec un brin de soleil en plus, pourquoi pas….
22 avril 2008
Aventures birmanes...
Ce journal retrace mon séjour en Birmanie en Avril 2008…
Je n’ai jamais tant écrit. Chaque jour a été une découverte et un choc.
Je ne sais pas si tout ce que j’ai ressenti et compris sur ce pays est juste mais j’ai écrit dans ce journal mes sentiments de chaque jour.
On m’a conseillé de ne pas trop écrire à mon retour sur cette aventure birmane, afin d’éviter des ennuis aux personnes que j’ai côtoyées et avec qui j’ai travaillé sur place…
Lors de mon séjour j’ai acheté une petite statuette en bronze : un singe qui se voile les yeux avec les mains – dans la tradition bouddhique ils sont trois, l’un se bouche les yeux, l’autre les oreilles, le dernier a un doigt sur la bouche : je ne vois pas, je n’entends pas, je ne dis rien.
Comme je n’arrive pas à être l’un de ces petits singes, j‘ai choisi de mettre ce journal malgré tout en ligne en enveloppant certains passages d’une légère brume et ai supprimé tous les noms propres…
Départ le 30 mars
Birmanie.
Myanmar, c’est le nouveau nom de ce pays…
10 jours après mon retour d’Australie et à peine revenue de trois concerts en Bourgogne, j’attrape un vol à Roissy en direction de Singapour…
12 heures de voyage – encore – l’aéroport de Singapour – encore.
Nous décollons avec un grand retard à Paris, si bien que je vais manquer mon vol pour Rangoon.
On m’a donné une chambre d’hôtel dans l’aéroport - ai dormi quelques heures ; grave erreur car après cela je ne suis plus moi-même et n’arrive pas à émerger du sommeil – ai erré dans l’aéroport comme un pantin.
Vol pour Yangon à 14h20.
Vu du ciel les côtes de Singapour sont effrayantes : elles grouillent de navires énormes, pétroliers et cargos…comme de gros monstres marins qui dorment en attendant d’aller vomir leurs marchandises dans d’autres ports…
Je suis surprise par les gens qui attendent avec moi dans le hall d’embarquement pour Yangon. On a toujours des clichés plein la tête avant de partir…
Les filles sont habillées à l’occidentale, parfois même très apprêtées et sexy, les hommes portent pantalons et chemises – il y a aussi un seul moine en robe pourpre – 2 occidentaux.
Je me serais attendue à des habits différents – c’est bête – mais peut être les birmans qui voyagent ne sont pas la majorité des habitants et les gens que je rencontrerai sur place ne ressembleront pas à mes compagnons de voyage.
C’est étrange comme la lecture des guides touristiques ou des sites internet sur un pays est toujours loin de me donner la bonne, la juste image de ce que je vais découvrir sur place – les vraies impressions.
Vers 16h le 31 mars
Arrivée à l’aéroport de Yangon.
Depuis le ciel, l’arrivée à Yangon ressemble à un damier de petits prés verts, alternant avec des champs labourés de terre grise, le tout ponctué de pagodes qui émergent ça et là comme de jolis petits boutons dorés.
À l’aéroport je n’ai jamais autant attendu mes bagages…un peu d’angoisse pour la harpe qui arrive finalement escortée par une myriade d’employés de l’aéroport – je cours presque derrière eux alors qu’ils se dirigent vers la sortie.
Ouverture cérémonieuse du flight case devant une poignée d’employés de la douane.
Cohue jusqu’à la voiture qui m’attend.
De l’aéroport à l’hôtel la circulation est fluide bien qu’un peu anarchique – on conduit à droite avec la volant…à droite.
Des gens entassés dans des bus – des vendeurs de jasmin qui frappent aux vitres – des « cabanes » qui poussent aléatoirement sur les trottoirs devant des immeubles décrépis…le tout dans une joyeuse pagaille de bruit de moteurs, de cris et de couleurs vives….
Mon hôtel est situé non loin de la pagode Shwedagon – parait-il la plus grande et la plus belle de toute l’Asie.
Le temps de choisir une chambre – reprendre mes esprits et accorder la harpe, qui comme d’habitude à souffert du voyage.
La chambre est climatisée mais l’air extérieur est brûlant et saturé d’humidité – l’escalier de l’hôtel est un véritable sauna.
Je dine dans un restaurant à 200 m de l’hôtel – marcher sur le trottoir ici est déjà une aventure : ils sont très délabrés et irréguliers et il faut regarder devant soi pour ne pas tomber dans un trou car par endroits les plaques de béton sont cassées et laissent apparaitre des trous parfois profond !
Au restaurant, comme à l’hôtel d’ailleurs, il y a quelque chose qui me dérange : la profusion de personnes qui veulent vous servir…c’est tellement différent de Paris où il faut parfois s’énerver pour réussir à commander un café ! Ici une panoplie de serveurs garde un œil sur vous et je peux difficilement faire le moindre geste qu’on s’inquiète pour moi, qu’on m’aide, qu’on ajuste les couverts.
Je ne sais pas trop quelle attitude adopter, je dois encore mesurer mes sourires, mes remerciements et tempérer mon agacement pour trouver un juste équilibre.
Il fait déjà nuit à 19h ici.
Je rentre à l’hôtel mais je me dis que je ferais mieux de ne pas me coucher malgré la fatigue et surtout de commencer à explorer la ville seule – mon guide a dit que les rues étaient très sûres même pour une personne seule la nuit…espérant qu’il dit vrai, je me mets en route…
Je décide d’aller voir la pagode Shwedagon dont je vois les stupas dorés depuis ma chambre. J’ai lu que la visite commençait généralement par l’entrée sud et il me faut marcher environ 2 km pour l’atteindre.
Sur mon chemin j’ai respiré tant d’odeurs de gazole que j’étais sûre d’être toute noire de crasse en rentrant à l’hôtel – les voitures sont très polluantes et l’odeur est insupportable.
J’ai croisé sur mon chemin des moines, des couples d’amoureux, des groupes de jeunes, des hommes en uniforme qui gardaient je ne sais quoi, un petit enfant tout seul, une femme par terre allaitant son enfant, un homme aux deux jambes amputées et des chiens (errants ?) qui se débrouillaient bien mieux que moi pour traverser les routes au milieu de la circulation (pas de passages cloutés ici ! – de vrais défis pour traverser la route)
Arrivée à l’entrée sud de la pagode.
Celle ci est entourée d’un grand parc verdoyant à la végétation luxuriante.
Enorme entrée dorée – colonnades immenses – 2 lions-chiens (des griffons ?) de plusieurs dizaines de mètres de hauteur qui gardent l’entrée…
le ton est donné : de l’or et de la démesure.
Il faut ôter ses chaussures dès l’entrée – en tant qu’étrangère, j’ai le droit au traitement spécial, à savoir celui de payer à chaque étape de ma progression : payer pour déposer mes chaussures, payer l’entrée, faire des offrandes…
Il y a un grand escalator qui permet d’accéder à la pagode elle-même.
En haut c’est complètement fascinant.
L’impression première que j’ai eue est celle d’une immense fête foraine – mais c’est loin d’être le cas et c’est très difficile à décrire.
Au centre, un gigantesque stupa doré et orné au sommet de pierres précieuses – tout autour, et selon une disposition qui m’échappe, des temples de toute taille et forme à perte de vue.
L’or est omniprésent - éclats de miroirs – bois sombres et précieux – blanc éclatant des murs –
Des centaines - des milliers - des bouddhas de toutes les tailles et dans toutes les positions, des divinités adorées par les fidèles – des milliers de bougies allumées – de l’encens jusqu’à suffoquer – des fleurs de jasmin au cou des statues.
Certaines statues sont lavées avec adoration, devant d’autres on se contente de prier. Certains bouddhas sont habillés de grands tissus dorés, d’autres sont des sculptures monumentales…couchés j’en ai vu un d’au moins 8 mètre de long.
Plusieurs bouddha ont des auréoles « dernier cri » composées de guirlandes de LED multicolores qui clignotent à l’infini…
On prie, on se ballade dans le sens des aiguilles d’une montre autour du stupa – beaucoup de moines mais aussi des centaines de fidèles, des enfants qui courent. Les gens sont là en famille.
Je suis la seule occidentale au milieu de cette foule.
Plusieurs moines sont venus m’aborder mais leur anglais est si limité que la conversation ne va pas très loin.
Cet endroit est complément démesuré et improbable pour un européen. Il n’y a pas de mot avec lequel t’arriverai à décrire l’exacte sensation que la découverte de cette gigantesque pagode m’a donnée ; un palais pour les dieux, une dévotion intense…
Même si l’on n’aime pas l’or et les décors chargés, le lieu vous coupe le souffle par sa démesure ; cela touche au sublime.
Je respecte infiniment les croyances des fidèles qui viennent en foule prier bouddhas ou les autres dieux du panthéon bouddhique même si je ne partage pas leur foi – toutefois – je ne peux pas m’empêcher de penser que l’énergie et l’argent accordée a ce temple et aux dieux, devrait être au XXIeme siècle un peu redistribuée au monde des hommes : refaire les trottoirs, donner des jambes à l’homme que j ‘ai croisé tout à l’heure, des chaussures au petit garçon seul qui attendait je ne sais quoi sur la route…
Les dieux vivent dans un luxe absolu – les hommes dans une relative misère – tout semble normal et dans l’ordre des choses.
Au restaurant tout à l’heure j’ai commandé un Coca Cola. Quel est le pays au monde dans lequel la marque n’a pas pénétré ?
Dans tous les voyages que j’ai fait depuis deux années, je me questionne sur l’effet qu’il peut y avoir à retrouver les mêmes marques et enseignes d’un bout a l’autre de la planète…Coca Cola birman, thé Lipton polonais, Mc Donald estonien…
Cela a un double effet : rassurant d’un côté, effrayant de l’autre…au fond, voilà ce qu’on peut facilement se dire : tant qu’il y a du Coca Cola, tout va bien…
Le mot « Coca Cola » inscrit sur la bouteille (en thailandais?) a des allures ésotériques.
Est-ce que bouddha aime lui aussi le Coca Cola ?
plus tard, après avoir relu ce journal, j'ai fait ce rêve étrange :
Je devais laver une statue blanche de Bouddha avec une canette de Coca Cola...
Malheureusement la boisson faisait fletrir et tomber les petits boutons de fleur de jasmin suspendus au cou de la statue et il fallait verser le liquide avec precaution...
Je n'ai toujours pas tout compris de ce rêve...
Je suis rentée assez tôt à l’hôtel. Il est 21h mais j’ai l’impression qu’il est 1h du matin.
J’ai vu le film le plus stupide qu’il ait été donné de voir à la télévision : des fourmis méchantes embarquées par erreur à bord d’un avion terrorisent et attaquent les passagers...Elles sont si vilaines qu’elles arrivent même à provoquer des pannes dans les réacteurs ; Comme les américains ont très peur de ces fourmis, l’avion n’a plus le droit d’atterrir dans aucun aéroport du pays. Je me suis endormie avant la fin en me demandant quelle image les birmans pouvait avoir de nous après avoir vu ce film…
1er avril 2008
Petit déjeuner à l’hôtel. Je n’ai rien compris à ce qu’on m’a proposé. Je me suis retrouvée avec deux minuscules toasts…
RDV alliance française pour bosser un peu la harpe et les musiques de ***. Celui-ci est papa depuis hier et ne viendra que dans l’après midi.
J’ai du mal à mémoriser les phrases de harpe qui sont si loin de tout ce que je connais et il fait si chaud que toutes les notes finissent par se mélanger dans ma tête.
Déjeuner au chat pitre, la cafeteria de l’alliance.
Impossible d’atteindre mes emails ni de consulter le moindre site dont j’ai besoin – la censure est partout et l’internet doit être un problème diablement embêtant pour la junte militaire.
16h. conférence de presse au ***, un restaurant assez chic du centre ville.
Une vingtaine de journalistes – ce n’est pas si mal quand on sait que leur article a toutes les chances de ne pas passer l’étape du comité de censure obligatoire : toutes les actions de l’alliance française sont censurées par ce comité aux mains de la junte depuis les événements récents dans le pays.
Espérons que le fait de mettre en valeur la musique traditionnelle birmane au travers de la harpe nous aidera à passer a travers les mailles du filet.
J’ai rencontré *** mais nous commencerons à répéter demain.
Les journalistes posent des questions parfois étranges ; mais on me dit que c’est certainement la première harpe celtique qui vient jouer dans le pays !
Les femmes journalistes n’ont posé aucune question – parler en public est peut être plus facile pour les hommes ? Ou plus correct ? Les femmes viennent me voir après la conférence pour me poser leurs questions en privé.
La traductrice birmane traduit les questions et mes réponses.
On dirait que le birman prend beaucoup de temps pour exprimer une idée simple en français.
On m’a expliqué après que leurs phrases contiennent beaucoup de tournures protocolaires et de formules de politesse. Cela m’a fait sourire en pensant au langage des Hents dans le célèbre livre de JRR Tolkien : 10 secondes pour moi en français, une minute en birman !
2 Avril 2008
Petit déjeuner à l’hôtel – j’ai compté une douzaine de personnes pour s’occuper de 8 clients.
C’est si protocolaire – l’un des serveurs a pour mission de me donner une petite cuillère supplémentaire.
J’ai maintenant 2 couteaux, 2 fourchettes, et 2 cuillères…
J’ai demandé 4 toasts au lieu des 2 « légaux » car je n’ai toujours pas saisi le reste du menu. Cela a du causer un branle bas de combat car tout le monde s’agite. ; J’ai attendu si longtemps d’être servies que j’espère que ma demande n’a pas créé d’ennuis aux serveurs.
Un chauffeur m’amène à l’Alliance française ; partout des gens qui m’ouvrent les portes – j’y suis presque habitué mais pour être franche j’ai hâte que cela cesse et d’être a nouveau obligée d’ouvrir les portes moi-même.
Je répète seule à l’Alliance toute la matinée.
Je bois des litres de thé vert brûlant malgré la chaleur. Il pleut à un moment…la pluie doit être à 30°.
J’ai enfin compris les morceaux de ***. Cette musique demande un gros effort de mémorisation. Elle tourne sur quelques notes et rarement plus de 2 ou 3 accords mais les systèmes et les phrases se répètent rarement plus de 2 fois !
Les morceaux que nous jouerons ensemble ont été composés il y a une cinquantaine d’années.
Répétition avec ***.
La harpe birmane ressemble à un joli petit bateau doré. Il y a 16 cordes – toutes sont accordables et on peut ainsi jouer dans différentes clés.
On joue en posant la harpe sur ces genoux. C’est très gracieux.
Aujourd’hui j’en ai appris plus sur la musique en Birmanie.
Il est très difficile de vivre grâce à la musique dans le pays – à part pour quelques chanteurs de Hip Hop ou DJs connus.
Peu de groupes viennent de l’extérieur et très peu de musiciens birmans ont l’occasion de se produire à l’étranger. (visas et passeports infernaux à obtenir)
Le groupe le plus connu ici est un groupe qui reprend des tubes de rock internationaux.
Les gens n’écoutent pas tellement de musique traditionnelle, sauf pour des cérémonies privées rendues aux Nats – les esprits.
Ici le droit d’auteur relève de la science fiction : on peut ainsi trouver des DVD sur lesquels figurent plusieurs dizaines de films ou des milliers de chansons piratées.
Un musicien peut espérer gagner au mieux 20 dollars pour un concert – souvent beaucoup moins, voir rien car la plupart jouent gratuitement (« c’est un honneur pour eux d’accompagner le chanteur »)
Nombreux sont ceux qui doivent avoir un travail a côté. *** est professeur a l’****.
Salaire moyen dans le pays : entre 30 et 50 dollars US par mois – souvent moins.
Bien sûr les fonctionnaires du gouvernement et les membres de la junte gagnent bien plus – des fortunes pour certains.
Une voiture d’occasion (souvent hors d’âge !) coute 10 à 15 000 dollars.
Ici pas de balances avant les concerts…le matériel est bon mais les birmans se moquent un peu de la qualité des réglages : l’important est la puissance. Si bien que personne ne sait régler le moindre appareil (j’ai vraiment hâte d’être au concert de dimanche !)
Dans la soirée ai rencontré un organisateur de concerts (il organise une grande rencontre de dj cette semaine).
Il nous dit qu’il y a un seul ingénieur du son diplômé dans le pays. ; Celui-ci a travaillé il y a longtemps aux Etats Unis – il a désormais 63 ans et est chauffeur de taxi…
Voilà la réalité de la musique dans le pays.
Je suis allée dans un centre commercial près de l’alliance.
Tout le monde est contrôlé et fouillé à l’entrée (en France ce serait plutôt à la sortie !).Les autorités ont peur des bombes et des attentats : il y a 2 ou 3 ans, 3 explosions ont eu lieu à 3 endroits de la ville simultanément….
D’ailleurs le dessous de notre voiture est systématiquement contrôlé pour vérifier l’absence de bombe lorsque nous entrons à l’Alliance.
Dans quelques jours ce sera la fête de l’eau – sorte de nouvel an qui ressemble à un grand carnaval : pendant trois jours tout le monde devient fou – on se lance de l’eau, on se déguise, on boit trop, on oublie les interdits, des centaines de scènes en bois sont montées dans les villes et les gens payent pour parader dessus tout le jour en arrosant les passants, et dansent sur la musique des DJs…
le gouvernement approuve cette fête.
Je pense que ces trois jours sont comme une soupape que l’on ouvre pour faire sortir les tensions et les frustrations accumulées dans l’année précédente – une sorte de « fête des fous », avant de retrouver le quotidien.
Chaque année, plusieurs morts : hydrocutions, comas éthyliques, accidents, scènes qui s’écroulent. ; Je ne serais plus là pour la fête mais je n’en suis pas si fâchée…
Un lézard joue ce soir dans la chambre en faisant des gloussements étranges…
3 avril 2008
Mal dormi et du mal à décoller
.
9h30 je suis à l’alliance pour travailler.
J’ai fini de comprendre et mémorisé les deux pièces
.
A 13h, *** me rejoint et nous travaillons ensemble sur mes morceaux.
Il a choisi « la valse des ondines » et « she moved through the fair » - la harpe birmane ne peut pas tellement jouer en accords si bien que le travail consiste à apprendre les mélodies puis improviser des motifs…
Il fait une chaleur épouvantable.
Hier j’ai appris que nous irions peut être jouer en Alaska pendant la saison 2009…j’ai hâte d’y être !
J’en apprends plus sur le pays en discutant avec des expatriés qui étudient la Birmanie.
Plusieurs ethnies, dont certaines révoltées contre le pouvoir en place qui sont durement réprimées.
Si personne ne bouge c’est que les gens ont peur d’être dénoncés.
La junte à des espions partout même dans le petit bout d’opposition qui subsiste – en toile de fond la prison, et peut être la mort car les prisons birmanes sont un enfer.
A S S K – appelée « la dame », n’est plus qu’une icône et n’agit plus tellement – assignée à résidence elle n’a plus aucune marge de manœuvre. Son quartier est éclairé jour et nuit pour guetter le moindre mouvement.
80% du pays est bouddhiste – 20% de musulmans (certains parqués par la junte à la frontière du Bangladesh), quelques juifs et chrétiens.
La junte s’appuie en réalité beaucoup sur les moines, qu’elle n’hésite pas à corrompre pour qu’ils affichent leur soutien. Ce n’est pas ce que les images de la télévision m’avaient donné à voir.
La plupart des offrandes faites aux pagodes retourne dans les poches du gouvernement.
Les birmans sont profondément croyants et c’est en grande partie ce qui fait que rien ne bouge dans le pays et que ce gouvernement est en place depuis si longtemps – du moins c’est mon sentiment.
Chaque birman doit être moine une fois au cours de sa vie (quelques semaines, quelques mois ou toute la vie)
Le peuple accepte un sort misérable en espérant en une réincarnation meilleure dans une prochaine vie.
Ils sont dans l’acceptation la plus totale de leur sort.
Nombreux sont ceux qui vous diront que ce gouvernement a été « envoyé » en punition de leurs mauvaises actions dans des vies précédentes – tandis que les membres de la junte sont eux récompensés pour des actions bonnes dans des vies antérieures.
Difficile dans ces conditions de faire valoir le moindre argument contraire dans une discussion sensée…
La Chine toute proche, a des vues économiques sur le pays et possède même un port en haute mer sur la côté birmane.
Aussi est elle plus ou moins sympathisante du gouvernement tant qu’elle peut développer son commerce.
J’ai marché environ 5 km ce soir dans les rues depuis l’hôtel – je me retrouve dans un quartier très résidentiel avec des villas luxueuses immenses. La plupart sont entourées de grilles – voire de barbelés avec la mention « diplomatic residence »
Je trouve un restaurant qui sert de la nourriture européenne et birmane…pas d’étranger à l’intérieur mais il ne règne pas du tout la même atmosphère que dans les petits restaurants que j’ai pris l’habitude de fréquenter.
Je crois que ce resto est très cher – environ 4500 kt pour un plat – souvent plus (pizza a 11500 kt) c’est inabordable pour beaucoup de gens.
Je rentre en taxi et c’est toute une aventure. Devant le restaurant une personne est payée ( ?) pour héler les taxis.
Le premier taxi qu’il arrête pour moi ignore totalement où se trouve mon hôtel.
Il négocie toutefois longuement pour m’embarquer tout de même…je monte dans un second taxi !
Quelques extraits du journal birman à la télé, des phrases qu’on retrouve chaque jour dans tous les supports papier et vidéo du pays – cela vous donnera le ton :
Sur MRTV3, une chanson qui sonne comme de la propagande et vante le paysage ancestral de la Birmanie, ses pagodes d’or, la sincérité de ses habitants…la chanson est sous-titrée en anglais :
« Myanmar sentiment sent an example to the world »
“traditional pigmentation is preserved”
4 avril 2008
Hier je n’ai pas petit déjeuné à l’hôtel…cela a préoccupé tout le personnel car, aussi bien à l’accueil qu’au restaurant de l’hôtel, tout le monde s’inquiète de cela.
On me questionne, on me demande si les petits déjeuner me conviennent – les serveurs redoublent d’attention (je n’ose plus respirer) – c’est très gênant comme ce qui était insignifiant pour moi revêt une grande importance pour eux.
*** est aussi professeur de musique à l’université des arts et de la culture et d’après ce que j’ai compris il se penche aussi sur l’archéologie de cette musique traditionnelle.
Il est en tant que professeur employé par l’état.
Souvent on lui a demandé de venir jouer à l’étranger (Etats unis, Australie…) son gouvernement a toujours refusé, sauf une fois en...Corée.
Il faudra que je parle de sa musique aux festivals en Europe pour essayer de l’inviter.
Aujourd’hui règne une ambiance un peu particulière à l’alliance française car ce sont les répétitions de la finale du grand concours de chansons francophones organisé chaque année.
10 chansons françaises au choix – 150 participants entre 12 et 25 ans – pour la finale ils ne sont désormais plus que 20 venus de toute la région de Rangoun et de Mandalay.
Premier prix : un voyage en France !
L’année dernière la gagnante a mis si longtemps à obtenir sont passeport et son visa que le voyage a été annulé.
Des musiciens accompagnent les apprentis chanteurs dans leurs ultimes répétitions sur scène.
Je suis surprise du niveau du groupe qui reprend à la perfection les arrangements et qui assure vraiment bien avec les chanteurs. ; Les pauvres sont restés de 9h du matin à 5h du soir à faire répéter en boucle les mêmes chansons….et ils remettront ça demain. Je n’ose même pas demander combien ils sont payés pour ce travail !
Entendre les « tubes » français sélectionnés chantés avec l’accent birman était très rafraichissant.
Joe le taxi (devenu « joe le tassi » pour l’occasion), j’ai demandé à la lune (la « loune »)
Tout cela se fait en dehors de la question du droit d’auteur évidemment.
Quand j’apprends qu’un CD se vend 1500 kt (1dollar), un Cd piraté autour de 200 kt (15 cents, je comprends mieux que cette notion soit surréaliste ici.
Soirée a l’hôtel.
Je teste un nouveau restaurant plus loin dans le quartier…sushis pas terrible…
Mais surprise, un peu plus loin dans la rue, je découvre une boulangerie française, sorte d’ilot de pâtisseries et de crème dans cet enfer de piments ! Millefeuilles, Paris Brest, éclairs…pour avoir testé c’était plutôt fidèle au goût des originaux made in France…
Dans les rues il y a parfois des montées de musique qui s’échappent de hauts parleurs. Cela provient de camions, desquels dépasse une foule d’ombrelles dorées – d’après ce que j’ai compris, il s’agit d’enfants qui partent pour quelques semaines ou mois au monastère. Ils doivent pour l’occasion se raser la tête.
Beaucoup ne veulent pas partir maintenant car ils manqueront la fête de l’eau !
5 avril 2008
Ai dormi jusqu’à midi…j’ai honte !
Le but de ma journée avant d’aller accomplir ma mission de juré du concours de la chanson (quelle tache ardue !) est de faire le tour des marchés du centre ville. On m’a conseillé le Scott market et le marché indien qui est juste derrière.
Le Scott market est un énorme marché couvert avec des allées aussi a l’extérieur où se mélangent les articles manufacturés (souvent des contrefaçons – sacs – chaussures – vêtements), les petits stands de nourriture (j’ai senti de loin l’odeur du durian, ce fruit que l’on sent parfois dans les rues du quartier chinois a Paris et que je déteste) et les boutiques pour touristes qui présentent l’artisanat local et les bijoux pour lesquels la Birmanie est si connue : perles, pierres précieuses, or, jade…
Comme les bijoux ne m’intéressent pas le moins du monde (et comme le fruit de leur vente va directement dans les poches du gouvernement), je n’ai plus qu’à flâner au hasard des boutiques d’artisanat :
Objets en laque, nacres, marionnettes, bronzes, panneaux de bois et bas reliefs, petites statues…
Les laques sont délicates et charmantes – réalisées sur support d’osier ou de bambou.
Je constitue le service à thé le plus hétéroclite de la planète : théière, plateau, tasses et bols en tout genre et de toute les tailles – le tout dans des tons vert.
Ils ont du croire que j’étais folle mais je trouve l’ensemble plutôt réussi.
Ai complété l’assortiment par des cuillères de nacre.
Au détour d’une allée, je suis attirée par une marionnette très différente des autres : c’est un cheval blanc avec une corne et deux grandes ailes blanches.
Elle est très belle. Que peut bien faire une licorne sous ces latitudes ?
Je me suis dit que je devais absolument la ramener vers nos contrées pour qu’elle retrouve les personnages de sa légende : fées, vierges, chevaliers et dragons…
Plus tard en recherchant dans la bibliothèque de l’Alliance j’ai appris que cette licorne faisait partie du théâtre traditionnel de marionnette birman, dont les représentations relatent l’histoire du monde et peuvent durer tout la nuit.
Le cheval blanc ailé appartient au tableau nommé Himawunta (Himalaya) – le tableau de la naissance du nouveau monde après la destruction de l’ancien.
Le cheval ailé est la première créature du nouveau monde. Elle est suivie par l’éléphant blanc, tout un tas d’animaux et un sorcier.
Ensuite viennent les hommes, c'est-à-dire le roi, sa cour et ses valets…*
J’espère que ma licorne ailée pourra revenir se poser en Birmanie pour annoncer bientôt un nouveau monde…
Ai assisté aux réglages de son pour le concert de ce soir – étonnamment les techniciens ont quand même pris le temps d’arriver à un résultat plutôt bon…
Le concours de chansons françaises est organisé sur une grande scène dans les jardins de l’alliance…500 personnes sont venues – étudiants – parents – expatriés.
Je suis bien installée avec les autres membres du jury dont l’ambassadeur de France en Birmanie, des professeurs, le directeur de l‘Alliance et son épouse…
Ambiance de Jury, pas vraiment ma tasse de thé mais il faut jouer mon rôle !
20 candidats, garçons et filles qui ont sorti le grand jeu ! C’est très dur pour moi d’être sévère et je crois que j’ai mis de très bonnes notes à tout le monde.
Je suis impressionnée par la maitrise du français des candidats. Certains, non francophones, ont mémorisé toutes les paroles en phonétique !
Il y a quelques très bons chanteurs.
Le groupe qui accompagnait les chanteurs en herbe a fait un travail extraordinaire de relevé des chansons originales, sans aucune partition. Sur scène ils sont très bons et ont rattrapé au vol plusieurs chanteurs qui glissaient sur des très mauvaises pentes…
Délibérations (houleuses ?) dans le jury et remise des prix.
On m’a dit que je devais rester vigilante en écrivant et publiant ce journal qui à mes yeux parait banal mais qui pourrait être lu et interprété par le gouvernement ou des membres de l’ambassade. Je pourrais être blacklistée et interdite dans le pays.
Plus grave, les gens ayant travaillé avec moi pourraient être inquiétés.
Que faire alors ?
C’est vrai qu’il est très facile d’oublier que le pays va mal lorsqu’on est un occidental sur place : vie facile et pas chère – sourires – accueil – de grands arbres et des fleurs magnifiques – tout le monde se plie en quatre pour vous et pour quelques dollars – l’armée est peu visible (j’ai vu un seul fusil pour l’instant).
Toutefois j’ai ce malaise en moi depuis le début du séjour que je ne parviens pas à écarter. Ni le soleil, ni les pagodes magnifiques, les tissus multicolores, la nature luxuriante, les orchidées les plus belles, ne peuvent me l’enlever.
Je n’arrive pas à être là en touriste et me contenter de l’exotisme et du dépaysement.
Les artistes ont peut être le don précieux de se mettre au diapason des endroits qu’ils traversent : les vibrations mauvaises ne me quittent que rarement, comme un oiseau de malheur qui assombrit mon séjour. Il y a tant de sujets sur lesquels se révolter.
A l’alliance française on essaye d’améliorer les choses par la culture : cours de français, animations, concerts…un peu d’ouverture au monde, de petites gouttes d’eau dans la mer ; suffisantes pour se faire détester du gouvernement.
A l’American center on milite plus durement : cours de journalisme, d’histoire, discussions politiques…Mieux vaut ne pas avoir la carte de ce centre sur soi quand on se fait arrêter.
D’autres gouttes d’eau qui finiront peut être par payer.
La junte vient de renvoyer le représentant de l’ONU, ainsi que la croix rouge.
Aucune limite dans leurs décisions : la diplomatie, les relations internationales sont le dernier de leurs soucis – il n’y a rien qui ne se fasse pas…les pleins pouvoirs.
Je regarde les jeunes qui viennent prendre des cours à l’Alliance, ou ceux qui participent au concours de la chanson – ils sont comme n’importe quel jeune du reste du monde.
Ils discutent autour d’un thé » et d’un sandwich, portent des jeans et des tee shirt, ont surement des rêves et des amours plein la tête.
C’est la jeunesse dorée d’ici.
Ils sont nés en Birmanie et n’ont connu que ce régime.
Combien pourront voyager librement, être libres de leurs faits et gestes, libres de leurs paroles ? Connaitront-ils une presse sans censure ?
Quel aurait été leur destin s’ils étaient nés ailleurs ?
Ont-ils envie de voir changer les choses ?
Qu’est ce qui les différencie de moi ?
Après le concours, moi et les concurrents venus de Mandalay, leur professeur de français, les musiciens – qui logent tous à mon hôtel – nous mettons en quête d’un restaurant – couvre feu officiel oblige, tout ferme à 23h et nous tentons de prendre des taxis pour diner dans le quartier chinois qui fait exception à la règle.
Les taxis tentent de nous faire monter à 8 par voiture….
Dîner sur des minuscules chaises en plastique sur le trottoir. Les filles de Mandalay boudent un peu leur bol de nouilles chinoises.
Des odeurs montent de partout : cuisines, petite gargote de brochettes et de tripes installée sur le trottoir du restaurant, ordures, diesel des pots d’échappement.
J’ai beaucoup discuté avec *** qui m’en apprend plus sur le regard porté sur les étrangers ici – il faut dire que nous n’envoyons pas toujours les plus dignes représentants du monde occidental : le tourisme sexuel reste un cliché ci et choque les habitants. )
Elle souffre d’être toujours considérée comme une étrangère, même avec un mari birman et des enfants nés dans le pays.
Les birmans lui parlent toujours avec une certaine réserve, en mettant de la distance entre elle et eux. Elle n’a pas réussi à nouer une relation vraie d’amitié, toujours cette barrière invisible qui apparait.
Elle me dit aussi que les birmans revenant de l’étranger, de France par exemple – n’en ont pas forcement un bon souvenir.
En réalité, beaucoup sont plutôt soulagés de rentrer au pays après avoir été choqués par notre mode de vie.
Cela m’a rassurée : c’est toujours plus facile de saisir les disfonctionnements chez l’autre que chez soi.
Je comprends que certains aspects de notre mode de vie et de nos comportements puissent choquer…il y a une certaine violence dans le quotidien quand on découvre la vie à Paris.
Notre mode de consommation et notre individualisme doit aussi les interroger beaucoup.
Je suis contente de cette conversation.
Cela évite cette fâcheuse tendance que nous avons à critiquer l ‘autre et de vouloir changer le monde pour lui.
Tout ne va mas si mal si les birmans aiment vivre chez eux.
6 avril 2008
L’Alliance est déserte ce matin quand j’arrive.
Dernière répétition en solo puis avec HWM.
Je veux prendre le temps de régler finement notre son….je suis très contente des réglages que j’ai réussi à faire pour que les deux harpes puissent s’exprimer à égalité.
Beaucoup de monde au concert et une chaleur incroyable…je n’ai jamais eu aussi chaud sur une scène. Je sui en nage à la fin du spectacle mais heureuse car il y a eu vraiment beaucoup de monde, des expatriés mais aussi beaucoup de birmans.
J’ai signé plein d’autographes et discuté avec tout le monde…j’ai même eu une conversation surréaliste avec une femme birmane…en allemand !
Je suis bien heureuse de n’avoir pas tout oublié de cette langue apprise au lycée…J’aimerai, si je pouvais choisir un don ou un pouvoir, recevoir celui de parler toutes les langues…
La télévision birmane (une chaine privée) est même venue pour filmer le concert et nous interviewer
*** est vraiment la relève de la harpe traditionnelle birmane.
Il perpétue les thèmes traditionnels mais innove en amenant des variations, des accords ; il compose et propose un jeu moderne qui, m’a-t-on dit, a surprit les auditeurs locaux…
Diner au *** avec l’équipe de l’alliance, l’ambassadeur de France et l’ambassadeur d’Allemagne. Les petits plats dans les grands.
Discussions autour de l’embargo fait par l’Europe sur le bois birman. (Le teck est l’une des principales ressources du pays)…
celui-ci a pour l’instant plutôt pénalisé les habitants (des milliers de birmans au chômage technique dans le domaine de la fabrication des meubles en teck) que la junte qui continu à toucher sa dîme sur la production de bois qui maintenant part directement - et parfois sous le manteau – en Chine.
Je découvre que le directeur de l’alliance française est un féru de jeux de rôles et il est très intéressé par le festival « Elf fantasy fair » dans lequel je vais jouer dans quelques jours aux Pays Bas…Il tente d’expliquer le principe des jeux de rôle à l’ambassadeur…
Deux directeurs d’écoles de musique de Rangoun sont aussi présents au repas ; une femme et un homme qui ont chacun monté leur école.
Musique classique et variétés…il faut, je pense beaucoup de foi et de courage pour monter un tel projet dans le pays quand on connait sa situation.
7 avril 2008
Départ pour Mandalay à l’aurore.
Aéroport de Yangon, vols intérieurs.
Notre jeune compagnie, Air Bagan, possède 8 avions et …14 000 employés.
Je m’interroge sur la nationalisé des pilotes.
Check in très comique : dans un pays si policé et encadré, c’est un comble de pouvoir enregistrer ses bagages et passer touts les contrôles si rapidement…en tout 10 minutes pour récupérer les cartes d’embarquement, faire enregistrer les bagages et se rendre dans le hall…nous sommes a peine fouillé et les bagages ne sont presque pas contrôlés.
Arrivée à Mandalay vers 10h. Deux voitures nous attendent pour une longue route vers la ville.
Sur la route, des pagodes, des paysans penchés dans les champs qui donne une image tout droit sortie du moyen âge, des travaux sur la route…beaucoup de cyclomoteurs et vélos, des véhicules en tout genre. Des cabanes, des marchands d’oiseaux bariolés en plastique sur leurs vélos, des arbres gigantesques sur lesquels on a placardé des affiches, de grandes publicités, et enfin l’agitation du centre ville : concert de klaxons. foule, bruit, poussière.
Le climat de Mandalay est violent : chaud et sec.
C’est une grande ville, dont le commerce majoritairement tenue par les chinois.
On voit plus de femmes dans des tenues « traditionnelles » qu’à Yangon. Elles arborent un maquillage très typique : elles peignent leurs joues en blanc avec une pâte protectrice et décorative.
Installation au YMCA qui est aussi le centre de cours de français et de musique.
Nous jouerons sous une halle dans une chaleur étouffante.
Le concert sera très difficile : chaleur, bruits de la rue toute proche, son beaucoup moins bon que la veille…tout un ensemble qui ajouté à la fatigue me laisse un gout plus amer en descendant de scène….
Diner dans un restaurant en plein air au bord de la rivière avec l’équipe du YMCA qui m’a offert une marionnette (Mandalay est LA ville des marionnettes).
Le restaurant fait aussi karaoké : des filles, payées pour chanter, un orchestre qui reprend mollement les tubes du moment.
Des hommes attablés louchent sur les filles et achètent des guirlandes de toutes les couleurs pour récompenser leurs chanteuses préférées.
C’est assez pathétique finalement.
Le dernier soir, *** nous a avoué qu’il n’avait pas averti son gouvernement, ses supérieurs, du travail que nous avons fait ensemble – j’ai le vertige d’imaginer ce qui pourrait arriver. Il a pris un vrai risque ; les organisateurs lui ont pourtant maintes fois rappelé de prendre ses précautions avec son gouvernement.
Il attendait tellement de cette rencontre qu’il a préféré se taire plutôt que de se la voir interdire. …Tellement que je ne me sens pas à la hauteur des conséquences potentielles.
Il court le risque d’être interdit de scène pendant plusieurs mois (c’est arrivé au précédent groupe birman qui a travaillé avec des français) ou pire, de perdre son poste d’enseignant..
On me dit que le fait que le travail n’ait pas beaucoup de valeur dans le pays n’est pas si mal car cela favorise le plein emploi.
(d’où les 12 employés pour le petit déjeuner à l’hôtel, les dizaines de personnes qui sont toujours prêtes à vous rendre service au restaurant – porteuses d’ombrelle, serveurs qui vous ouvrent le chemin, porteurs dans les aéroports…)
Chacun d’entre eux travaille pour environ 1500 kt (1 dollar) par jour – parfois ils seront aussi logés et nourris, parfois non.
Les pourboires seront partagés équitablement (cela m’a rassurée car j’ai parfois donné à certains et pas à d’autres !)
On a transposé en ville un modèle économique de la campagne où chacun ramène une petite somme à la communauté dans laquelle on partage tout.
Pourquoi pas ? Mais je trouve ces salaires ridicules, même ici.
Ce modèle peut fonctionner plus ou moins tant qu’il n’existe pas sentiment lié à la propriété ou de convoitise...
C’est déjà un peu tard : on sent un vrai attrait pour les quelques dollars que les touristes peuvent laisser en pourboire et les jeunes sont attirés par les mêmes choses que partout ailleurs : vêtements, maquillage, portables, chacun aimerait posséder une belle voiture…
les panneaux publicitaires sont là, de plus en présents, avec leurs belles images occidentales, quand ce n’est pas la télévision qui donne à voir tout ce qu’il est possible d’acheter sur cette terre…
L’envie d’avoir de l’argent à soi est déjà installée et il se peut que d’ici quelques mois les habitants d’ici découvrent aussi la colère et mettent fin a ce modèle communautaire.
Nous n’envoyons pas vraiment le meilleur de l’occident dans ce pays et l’idéal qui est projeté par la télévision et la publicité est trop violent et rapide par rapport à la réalité de la vie sur place.
Pour l’instant tout change doucement ; tout va s’accélérer…bien ou mal ?
8 Avril 2008
vol Mandalay – Yangon
douane et check in.
On a essayé de me faire payer une taxe pour sortir ma harpe du pays !
J’ai bataillé ferme contre les douaniers.
Second avion à Yangon – destination Singapour – quelques heures réglementaires de retard
Singapour – vol de 13h pour Paris.
9 Avril 2009
Aéroport Roissy – Charles de Gaulle
Je tiens ma licorne dans la main.
Paris ce matin est glacé. Je suis fatiguée et un peu déboussolée : tant de gens en noir, tant de colère et de personnes impolies.
J’ai porté tout seule mes bagages et trainé la harpe tant bien que mal jusqu’à la sortie.
Bienvenue à la maison...
Un matin, en me rendant à pied à l’Alliance française, je suis passée devant une luxueuse villa bordée de barbelés et de grilles devant laquelle un ours brun tournait comme un fou dans sa cage…un féroce et improbable gardien pour un propriétaire surement paranoïaque.
Pendant tout mon séjour en Birmanie, j’ai été comme cet ours brun : étrangère, pas à ma place et souvent furieuse, tournant dans ma cage invisible, voulant changer le monde et m’y résignant l’instant d’après.
J’ai aussi vécu des moments merveilleux de partage de musique et d’amitié.
J’espère ne pas oublier trop vite la foule des sentiments éprouvés ici, quand je serais revenue et à nouveau embarquée dans le train fou de ma vie…
Sites sur la Birmanie :
http://www.birmanie.net
http://www.info-birmanie.org
http://www.freeburma.org
http://www.freeburmacoalition.org
25 avril 2008
Tour Australie 2008
27 février
Départ de Roissy.
Un vol de 12h en direction de Singapour où nous attend un second avion…nous avons eu beaucoup de chance à l’embarquement avec les instruments qui pourtant étaient en surpoids monumental : la compagnie ne nous a rien facturé !
Mer noire, mer caspienne, Afghanistan, Inde… J’aimerai bien un jour pouvoir connaitre ces endroits sans les survoler à 800 km/h et 10 000 m d’altitude…juste prendre le temps pour voyager et ressentir les distances à échelle humaine…un voyage en voiture ?
Il faudra réfléchir à cela et à la manière dont la harpe pourrait m’y accompagner.
3h d’escale à Singapour – 28°
Vol qantas pour Adelaïde…horrible, je n’ai pas fermé l’œil, avion bruyant et hôtesses pas très sympathiques…de quoi donner envie de faire demi -tour.
Ce sera le même calvaire à l’arrivée au moment de la location de la voiture dont nous avons besoin pour toute la tournée. Tout est si protocolaire que cela paralyse les relations entre les gens.
29 février
Enfin, à 10h du matin, nous sommes en route vers notre premier point de chute, un peu de repos en vue avant le premier concert ce soir !
J’ai réalisé que les avions et les aéroports étaient les pires endroits au monde au niveau de la liberté et du respect des individualités.
Sans même parler des contrôles imposés par mesure de sécurité, ni des formalités douanières et autres vérifications (êtes vous un criminel ? amenez vous des fruits ou de la terre sur le sol australien ? avez-vous été dans une ferme au cours des 30 derniers jours ( !) ? avez vous déjà visité un pays d’Afrique ? transportez vous des explosifs ? et la tuberculose, l’avez-vous eu ? Transportez-vous des escargots ou des coquillages ?…autant de questions vitales auxquelles il faut répondre sans broncher si on veut rentrer sur le territoire australien…)
Dans les avions et les aéroports tout est fait pour parquer, diriger, cadrer les êtres dans leurs déplacements ou leurs envies : le repas à bord de l’avion sera pris à telle heure, et qu’importe si vous n’avez pas faim ou si vous dormez comme un loir, vous consommerez tel film, vous regarderez les objets proposés dans le duty free – vous boirez un thé ou une autre boisson chaude à telle heure – attachez vos ceintures, abaissez vos accoudoirs, prenez cet escalator, suivez cette flèche, terminal 2, mangez dans ce restaurant mis sur votre route (le seul du terminal, le même qu’à Chicago ou Paris…) passez devant nos magasins selon un chemin étudié, faites la queue, patientez, prenez un numéro et attendez qu’on vous appelle. Boarding pass svp ? Passeport ? Pourquoi venez-vous en Australie ? Faire de la musique ? Avez vous quelque chose à déclarer ? (alcool ? cigarettes ? morceau de terre accroché à vos chaussures ? fruits ?) …Merci et bienvenue à Adelaïde !
J’ai été choquée de faire partie de cette fourmilière, de cette grande danse où nos moindres décisions et déplacements sont orchestrés…
Moi qui entreprend ces voyages avec en tête l’idée que je peux toucher du doigt ma liberté, j’en ai saisi les limites chaque instant de notre voyage australien.
A l’arrivée, heureusement tout change et nous reprenons petit à petit visage humain et notre droit à décider de notre emploi du temps.
Concert au CAOS café
Un drôle d’endroit et tout un bazar aussi cette série de concerts dans le cadre du festival fringe d’Adelaïde.
Le fringe est un grand rendez vous où des centaines de concerts et de spectacles ont lieu chaque soir pendant trois semaines dans toute la ville.
Je n’en dirai pas beaucoup plus sur les protocoles (décidemment très protocolaire l’Australie…) : s’inscrire, annoncer, vendre les tickets en ligne, collecter les tickets chaque jour, rémunérer des intermédiaires qu’on ignorait, tout ça pour gagner le doit de faire partie de l’évènement…beaucoup de bruit pour rien.
Passons sur cette partie peu romantique de l’organisation pour parler des concerts eux mêmes...
public très chaleureux et sympa dans cet endroit qui ressemble à un grand pub. Le lieu accueille des concerts pour le moins éclectiques pendant la durée du fringe.
Le concert se passe bien. Nous sommes contents mais terrassés par la fatigue.
1er mars
Réveil à 6h39…si seulement je pouvais me lever si tôt en France ! La maison est endormie, il n’y plus qu’à attendre que tout le monde se lève.
A midi nous faisons un tour au central market, le grand marché couvert de la ville, pour annoncer les concerts du week end. Nous avons joué quelques morceaux sur une scène de fortune.
On trouve à central market à peu près tout se qui se mange ou se boit sur cette terre…
Concert Caos cafe le soir
Pas envie d’en dire beaucoup sur cette soirée sinon que l’ingénieur du son avait juré notre perte. Il a été notre ennemi invisible pendant toute la durée du concert.
Nous préférons qu’il ne revienne pas le lendemain !
La jeune chanteuse Siobhan Owen chante deux chansons galloises à la fin de notre concert.
Dimanche 2 mars
Un peu sur les chapeaux de roue : j’enchaine mon workshop à l’alliance française et le concert de l’après midi au caos café.
Une radio de Canberra est venue enregistrer le concert.
Là où nous résidons, tout est luxuriant. Chaque maison à son propre jardin. La végétation est plus belle et plus verte partout où l’on pose le regard.
Je soupçonne une concurrence entre voisins dans le soin apporté à l’apparence extérieure des maisons…
On peut voir là dedans un amour particulier pour la nature, mais en y réfléchissant un peu, je me suis rendue compte qu’il n’y avait rien d’écologique dans tout ça : aucun tri sélectif dans toute la ville, des voitures qui consomment énormément (2 ou 3 voitures au minimum par maison, gros 4X4 polluants pour la plupart), pas d’énergie solaire alors que l’ensoleillement est maximum, une consommation d’eau complètement déraisonnable et non maitrisée (nous avons vu un homme dont le sport préféré avait l’air d’être l’arrosage continu de la parcelle de pelouse située sur le trottoir devant sa maison…)
J’ai lu que l’Australie connaissait de gros problèmes de sécheresse, que la couche d’ozone y était très dégradée et qu’ils avaient désormais dépassé les Etats Unis en matière de pollution…
les gens semblent dans une totale inconscience de tout cela autour de nous.
Cela ne nous a pas empêché de faire connaissance dans la soirée, après le repas du soir sur la terrasse, avec un charmant opossum qui habite la toiture de la maison.
C’est une bestiole rigolote à mi chemin entre le loir et l’écureuil…
Lundi 3 mars
Le dernier concert au Caos Cafe…
Aventures dans une pharmacie.
Grand barbecue le soir.
Mardi 4 mars
Balade dans le quartier de Norwood.
Escapade à Cleland, le parc naturel près duquel j’étais logée lors de mon premier séjour à Adelaide. Les Waterfalls…la sécheresse se fait sentir : il n’y presque plus d’eau là bas.
Interview sur radio Adelaide.
Diner au Grimaldi avec tout le monde et de vieux amis de l’année dernière.
Cette nuit j’ai fait un rêve étrange : un parc plein d’eucalyptus et de grands arbres secs. Des visages dessinés à la craie sur l’un d’entre eux. Visages ovales avec juste la marque des yeux et un trait pour la bouche. Ces visages sont les âmes de personnes disparues.
Il y avait une femme qui savait les reconnaitre et les retrouver en regardant les visages…
Mercredi 5 mars
La journée passée à courir pour réunir le matériel de son nécessaire pour le concert que nous donnons ce soir à l’alliance française.
Il aura lieu au meeting Hall – derrière le city hall – un temple méthodiste reconverti en salle de concert pour l’occasion.
Concert plutôt intime pour les membres de l’Alliance française suivi d’un dîner très sympa avec la famille du directeur et le président de l’Alliance.
Jeudi 6 mars
Il fait de plus en plus chaud…pour un début d’automne c’est très étonnant nous a-t-dit. Plus de 37°.
Nous rejouons a central market et rendons le matériel de son emprunté la veille.
Concert le soir à Trinity church.
C’est un très bel endroit sur Goodwood.
Le son est parfait. L’église pleine à craquer. Tout le monde a réservé sa place.
Un concert en deux parties – ce que je trouve plus fatiguant.
Cela nous a fait du bien de ressentir l’échange d’énergie fort entre nous et le public ; cela avait un peu manqué au Caos Cafe mais je pense que le lieu y était pour beaucoup.
En fond sonore avant le spectacle l’ingénieur du son avait choisi Loreena McKennit (dont la musique me poursuit jusqu’en Australie) et Clannad, qui est décidemment un des mes groupes préférés.
Hier soir c’est le groupe de musique traditionnelle québécois « genticorum » qui nous a précédé sur scène.
Nous nous couchons assez tard et il faut dormir quand même car nous partons tôt demain.
Vendredi 7 mars
Départ à 6h30
route vers Port Fairy – 600km en 7h…c’est la théorie – une highway qui s’avère souvent limitée à 80km/h et qui traverse de petits bourgs.
L’aventure pointe son nez. Des paysages de campagne : fermes et champs à perte de vue. Tout est sec- des vaches et des moutons – des forêts et des panneaux qui nous demandent de faire attention aux koalas…
Nous nous arrêtons vers 9h dans une station au bord de la route – c’est un autre monde – bien loin de la grande vile d’Adelaide : des affiches pour le spectacle de rodéo local, une tête de taureau empaillée au mur, un comptoir hors d’âge, des sucreries et de magazines qui attendent des clients depuis longtemps…
Après quelques aventures dans un fast food nous sommes à Port Fairy en début d’après midi.
C’est un petit village qui a du être un village de pêcheurs quelques minuscules maisons de pierre datant du XIXème siècle et beaucoup de résidences secondaires très design qui doivent valoir une fortune.
L’hiver le village doit être quasi désert mais pour le festival la moindre parcelle de terrain est occupée par des tentes ou des caravanes ; toutes les chambres d’hôtel sont réservées.
Il y a de grandes plages de sable fin, des rochers noirs, des dunes à n’en plus finir et de grosses vagues toutes blanches qui déferlent.
En une petite heure on peut faire le tour du village, une ou deux rues principales dans lesquelles se trouvent les commerces.
Le village s’est mis à l’heure du festival, tout est ouvert et bourdonne comme une ruche de toutes les couleurs.
Des festivaliers de tous les âges…certains trimbalent leur siège pliant pour assister aux concerts.
Nos concerts auront lieu dans l’enceinte du festival - ce soir sur la grande scène et dimanche à l’église St John et au St Pat’s hall.
Ce festival est tellement gigantesque qu’il y a tout un protocole pour s’enregistrer à l’entrée, se garer, laisser, ranger les instruments etc.…j’avoue que nous n’en suivons que les grandes lignes.
Nous dormons dans un bed et breakfast tout près de la mer chez des hôtes charmants.
Concert stage 5 le soir à 9h20.
Horaires très précis et balance éclair – du jamais vu : 10 minutes pour chaque groupe pour régler le son avant de jouer – une horloge sur scène pour ne pas « déborder »...De quoi devenir fou mais nous nous en sortons sans trop de dégâts. La scène est immense et je pense qu’il y avait un bon millier de personnes pour nous écouter.
J’aurai quand même préféré créer un joli son avant de jouer ; tout va si vite dans ce festival.
Les groupes s’enchainent (‘une centaine de performers au moins et pleins de scènes) c’est dans l’air du temps de ne pas prendre le temps et de consommer la musique…
8 mars
Workshop
j’ai naïvement pensé que ce workshop serait le rdv de quelques harpistes ou musiciens qui souhaiteraient apprendre quelques airs, comme c’est toujours le cas lorsque je donne des stages ou masterclass.
En fait nous nous retrouvons devant une audience d’une centaine de personnes qui attendent de moi je leur raconte la Bretagne et la musique bretonne…1h d’improvisation totale sur ce thème !
Toute l’après midi est libre – balade sur la plage.
Nous jetons une oreille sur le reste de la programmation. Beaucoup de country et de bluegrass – quelques groupes internationaux mais essentiellement des musiciens australiens et américains.
Nous nous sommes baladés sur les stands des luthiers. J’ai du mal à retenir les musiciens. Peu de harpe – je crois qu’il y avait deux luthiers sur le festival et j’ai retrouvé la carte de l’un d’entre eux dans la boite de ma harpe.
Le soir nous nous asseyons sur la plage devant un ciel plein d’étoiles – ciel noir – sable blanc, et au loin la mer qui gronde – des milliers d’étoiles que nous ne voyons jamais dans notre ciel du nord…
Dimanche 9 mars
2 concerts aujourd’hui
le premier à lieu en début d’après midi dans l’église St John.
Belle église bien fraîche en comparaison de la chaleur accablante qui règne dehors.
C’est très agréable d’avoir le temps de faire une balance !
Nous avons laissé trop peu de Cd à la boutique du festival et ils sont déjà sold out.
Un grand panneau invite tout le monde à en commander.
Dernier concert ce soir au St Pat’s Hall pour le concert « Celtic Colors » en compagnie de quatre autres artistes dont Alesa Lajana, Gibb Todd et Genticorum, les québécois qui nous avaient précédés à Adelaide.
C’est un superbe moment avec le public car nous avons réussi un rappel (« encore » comme on l’appelle ici) – ce qui est parait-il très rare sur le festival – le public étaient debout.
Lundi 10 mars
Départ vers midi pour l’étape suivante : Melbourne.
Nous avons longtemps hésité à emprunter la great ocean road qui serpente entre Port Fairy et Melbourne en longeant la côte : 6 heures de route pour 300km…nous optons plutôt pour la highway.
les trois jours passés à Melbourne ne seront pas parmi les meilleurs souvenirs de voyage. La ville est moins charmante qu’Adelaide et nous logeons dans un quartier un peu morne.
Le seul souvenir memorable est celui d’une baignade tout habillés sur la plage de St Kilda en plein après midi : il faisait si beau et la mer était si belle que c’était impossible de résister.
St Kilda est une sorte de promenade des anglais avec des palmiers et des attractions pour les touristes.
Concert feutré au Northcote social club – quartier de Northcote – une jolie petite salle chaleureuse et un accueil vraiment sympa du public.
Melbourne aura aussi été l’occasion de quelques émissions de radio sur SBS et ABC, deux radios nationales…
Je suis très surprise par ce que les architectes contemporains osent à Melbourne.
Peut être est ce du à la jeunesse de ce pays. Tous les fantasmes architecturaux sont permis...la pyramide du Louvre a l’air d’une vieille dame bien sage à côté de ce que j’ai pu voir à Melbourne.
Je n’aime pas tout mais c’est rassurant de voir toute cette créativité…
13 mars
Départ pour Yackandandah – une petite ville dont le nom à la sonorité étrange ne dit pas grand-chose aux gens que nous avons croisés depuis Adelaide.
300km environ au nord est de Melbourne dans les montagnes.
Il fait très très chaud.
Déjeuner dans une petite ville à mi chemin. 1 seule rue principale qui réunit tous les commerces.
Tout le monde doit se connaitre ici.
La sensation d’être au milieu de nulle part.
Qu’est ce qui a motivé les migrants de s’établir ici plutôt qu’ailleurs ?
Yackandandah –
Nous sommes ici dans « les alpes » (en réalité un paysage de collines boisées qui rappelle plutôt le Jura).
Petite ville de far West nichée au cœur des collines : une seule rue principale, des enseignes en bois, un parfum de western.
La ville organise un festival folk chaque année et s’est pour l’occasion parée de centaines de drapeaux arc en ciel et de fanions de toutes les couleurs…très 70’s.
Nous attendons nos hôtes pour nous installer.
Après quelques heures passées à la terrasse de la boulangerie locale à boire du thé et à lutter contre la chaleur oppressante, cette ville m’évoque de plus en plus l’atmosphère qui règne dans le film « the wickerman » - un film au climat très particulier qui se déroule sur une île au large des côtes anglaises. (le Film de 1973, pas la version récente) : boutiques désuètes et étranges, flacons en verre dans la pharmacie, antiquité, boutique de sorcières (pierres, herbes et autres charmes), personnes très accueillantes qui ont toues l’air de se connaitre...
18h
Il est temps d’aller découvrir l’endroit où nous serons logés pendant le festival….une belle surprise :
la maison est située dans les collines en dehors de la ville, en pleine nature.
Grand jardin rempli de fleurs, maison immense, des chevaux dans les prés, une vache dont le veau tout noir vient de naître il y a deux jours…c’est un petit bout de paradis.
Notre hôte Roselyne, est merveilleusement accueillante.
Dîner sous le soleil couchant dans les collines.
14 mars
1er jour du festival.
Nous jouerons seulement ce soir. Toujours ce même mode de programmation dans lequel les groupes jouent une poignée de minutes.
Concert au Public Hall – programme folk et bluegrass – la guitare est reine – les « songwriters » sont au cœur du festival. Nous sommes très bien accueillis.
Nous sommes un peu passés pour des maniaques avec notre désir de faire un soundcheck de quelques minutes (précieuses) avant de jouer… ici ce n’est pas dans les mœurs ; les musiciens découvrent leur son pendant les premières chansons.
Nous devons être perçus comme des perfectionnistes – ou des fous français – avec nos désirs et recommandations passées à l’ingénieur du son avant de jouer…plus difficile de régler le son de notre trio qu’un show guitare-voix…
La ville a édité un petit journal avec le programme du festival aujourd’hui – il est distribué dans toute la ville...
Quelle surprise de découvrir ma photo en grand sur la couverture – du coup je ne peux plus circuler aussi discrètement dans la rue principale.
15 mars
3 concerts aujourd’hui !
Le premier a lieu dans la plus petite salle de concert au monde (!!!) un endroit appelé « court house » - le tribunal – surement plus en service aujourd’hui – un tribunal en miniature – comme celui d’une maison de poupée. Facile d’imaginer des tas d’histoires très rocambolesques en se projetant dans le passé de ce tribunal de western.
La salle est remplie à ras bord. Nous avons le droit à un rappel !
Second concert à l’heure du déjeuner.
Un concert thématique intitulé « only a woman » et pour lequel je joue en solo avec 5 autres femmes.
J’avoue que je n’ai pas totalement joué le jeu de ce concert qui aurait voulu que je reste sur scène avec tout le monde pendant toute la durée du concert (2h) pour jouer seulement 20 minutes…
Après avoir joué mes morceaux je suis sortie de scène...!
j’aime bien les rencontres artistiques mais pas ce concept assez scolaire qui m’évoque un catéchisme niais où chacun prend la parole après l’autre et écoute l’autre – en plus il faisait une chaleur à mourir sur scène…
troisieme concert au public Hall. le public debout. nous sommes très heureux d'avoir fini cette aventure australienne par ce rendez vous.
Dommage que nous n'ayons plus de diques depuis port Fairy...les gens prennent commande pour l'année prochaine !
16 mars
3h du matin – trajet pour Melbourne
rendre la voiture, prendre un avion,puis un second…Paris
26 decembre 2007